10point15 a décidé d'aller voir qui se cachait derrière le nom de la marque de bijoux Helmut Paris. On s'attendait à rencontrer un type allemand fasciné par le Bahaus et puis finalement, on a découvert Camille Vernier, une femme douce et délicate qui a décidé « de tout quitter » pour se lancer dans la joaillerie graphique, pop et sobre. Ses créations, on les retrouve maintenant au Grand Palais, au musée Picasso et un peu partout dans Paris. Helmut, c'est l'histoire d'une fille qui ne rêvait pas de bijoux et qui n'aimait pas les travaux manuels, mais qui a étreint ce médium pour exprimer sa passion pour une certaine rigidité du design et de l'architecture et sa sensibilité du goût des autres, qu'elle reflète dans la transparence de ses plexis. Un portrait multiple comme son univers, que l'on vous laisse découvrir.

Est-ce que tu peux nous dire d'où vient le pseudonyme Helmut ?

Ca vient d'un photographe que j'aime beaucoup qui s'appelle Helmut Newton. En passant devant une affiche de l'une de ses expositions, j'ai pensé que c'était drôle d'avoir un prénom masculin pour une marque qui était féminine. Et en même temps, j'aime bien ce prénom qui, sans faire référence au photographe, n'est pas forcément élégant. Ce pont entre les deux m'intéressait. L'avantage également, c'est que ça reste bien en tête.

D'où vient cet intérêt pour la création de bijoux ?

C'est assez bizarre parce que je ne l'ai pas vu venir. J'ai fait beaucoup de travaux manuels avec ma mère quand j'étais plus jeune, mais ce n'était pas vraiment une activité dans laquelle je prenais beaucoup plaisir. En revanche, ma mère, quant à elle, me disait que j'étais très créative et m'encourageait à continuer.

Plus tard, quand j'ai commencé à vouloir porter des bijoux, je ne trouvais pas exactement ce que je voulais, je me suis donc dit que j'allais les créer. Mes souvenirs sont alors revenus, et des facilités et des réflexes ont ressurgi.

Finalement, ça a plu à d'autres personnes alors j'ai continué à en faire.

En quoi consiste cette activité de création de bijoux ? Quelles sont les étapes de ton travail ?

Tout d'abord, il y a la phase d'inspiration durant laquelle je vais me promener : je vais voir des expositions, je regarde comment les gens s'habillent dans la rue, j'observe les nouvelles tendances, je fais du shopping tout en trainant un peu dans les magasins, je regarde les défilés…

 

Suite à ça, je dessine beaucoup et je fais des essais. Tous les dessins passent ensuite sur ordinateur pour en créer des fiches techniques. Je passe après à tous les prototypages en plexiglas et en métal, et les pièces de métal sont coupées sur mesure pour entrer sur les pièces de plexi.

Enfin, lorsque la collection est aboutie, qu'elle correspond à ce que j'aime et qu’une cohérence s’en dégage, on passe au shooting. En tant que directrice artistique c'est l'une des étapes que je préfère ! C'est l'aboutissement du projet, et sa mise en valeur. J’y prends un réel plaisir et ça me rassure.

Quelle-est la personne ou les personnes qui t'ont le plus marquée ou influencée professionnellement ?

Au tout début, j'ai rencontré une créatrice de plexiglas qui m'a dit « tu vas voir, le plexi c'est très facile, parce qu’on utilise de la découpe laser ».  Comme j'étais formée pour travailler sur ces logiciels, cela me paraissait accessible. Elle avait une découpeuse laser qu'elle m'a proposé d'essayer en me montrant les palettes de différentes couleurs et grâce à elle j’ai pu appréhender concrètement ce matériau.

« J'ai pris le bus, il faisait nuit noire et dans le plexi transparent, je voyais tous les reflets de phares et les lumières qui scintillaient»

Au retour de cette rencontre, j'ai pris le bus, il faisait nuit noire et dans le plexi transparent, je voyais tous les reflets de phares et les lumières qui scintillaient. Je me suis alors tout de suite dit que c'était avec ce matériau que je voulais créer mes bijoux !

Par la suite, je me suis rendue compte qu'en le grattant, on pouvait obtenir des aplats blanchis, et qu’au delà du travail de découpe, ce que je voulais, c’était travailler la surface, la matière elle même.

Également, tous les gens qui portent mes bijoux et qui m'encouragent m’influencent.

Quelles sont tes inspirations ?

Beaucoup de design, l’architecture, les objets, les luminaires… Tout me fascine dans l’architecture pure : les escaliers, les ombres, les lumières etc. Les musées aussi, comme celui des Arts-Déco, le Louvre... ils sont très graphiques.

Les choses de très graphiques peuvent s’intégrer aisément dans les éléments qui le sont beaucoup moins.

Sinon, tout simplement le quotidien. J'aime beaucoup me promener aux Halles de Paris pour observer toute la diversité des gens et les looks qui y naviguent.

Sur quels projets travailles-tu en ce moment ?

Je viens de créer un bijou à porter à l'occasion des mariages, en collaboration avec le concept store Sept-Cinq . J'ai aussi été contactée par un musée pour dessiner une gamme de bijoux en lien avec son architecture. Actuellement nous faisons les essais et nous allons passer à l'étape des prototypages; j'ai hâte de voir le résultat ! Je vais aussi dessiner une pièce en collaboration avec une marque de vêtements, un peu graphique, et peut-être un sac.

La collaboration me plait beaucoup parce que ça me permet de dessiner avec des contraintes, ce qui par moment me manque. Le fait de s'adapter à un autre univers, une autre personne, me permet de faire des sauts créatifs tout en gardant mon empreinte. Ça me permet de sortir de ma ligne directrice, et je m'autorise alors à faire de nouvelles choses.

Quel est le conseil que tu donnerais à quelqu'un qui souhaiterait se lancer dans la confection de bijoux ?

Le conseil qu'on m'a beaucoup donné - et que je n'ai d’ailleurs jamais écouté -, est celui d'avoir une trésorerie. Cela fait très marketing de dire ça, mais cela permet d'être rassuré, de faire des essais, de chercher sans être angoissé par l'argent. Une trésorerie, c'est la sécurité qui apporte la liberté, et donc une créativité plus large. C'est également ce qui te permet d'investir dans les choses que tu ne sais pas faire, parce que non, on ne sait pas tout faire ! Se dire que l'on peut tout faire tout seul peut paraître malin pour gagner de l'argent, mais cela te fait finalement perdre énormément de temps. Or, le temps et l'énergie sont trop précieux dans une démarche créative,  et il vaut mieux investir pour avancer.

Un autre conseil serait celui d'être entêté et endurant, de croire en ses choix.

J'écoutais dernièrement un podcast qui abordait la nuance entre l'entêtement et l'endurance et je pense qu'il n'y en pas. Donc ne jamais lâcher, ce n'est pas simple, parfois tu te prends des claques, mais c'est souvent quand tu es au bout du rouleau que tu remontes la pente. Il faut s’accrocher.

Y a-t’il un lieu où tu aimes bien aller ?

J'adore le Palais des Tuileries à Paris; je trouve cet endroit magnifique et sa géométrie m’apaise. J'aime également le jardin du Palais du Royal, sa végétation et son calme. Les colonnes de Buren aussi me plaisent bien, les pointes d'or sur les grilles de portail etc. Sinon, j’aime me promener dans le 3ème arrondissement de Paris et évoluer dans ce mélange de rues et de lieux design.

As-tu une anecdote à nous raconter ?

Attention, je vais vous faire une révélation ! Les shoots photos sont souvent réalisés avec des prototypes. Les bijoux tiennent alors généralement avec de la pâte à fixe sur les mannequins mais nous avons déjà dû recoller un bijou avec de la colle à cils, et pour quelqu'un de carré comme moi, apprendre à être flexible, et à s’adapter aux aléas ce n’est pas toujours évident.

Après les anecdotes de beau gosse c'est quand le musée du Grand Palais te demande des pièces pour l'exposition « Kupka ».

Une passion particulière ?

Mon chat. (rires)

 

Sinon, j'aime beaucoup observer les gens et les voir avancer, ça me passionne et ça me permet de comprendre comment évoluer et à être moins agressive envers moi même.

Quelle est la personnalité artistique que tu nous recommandes d'interviewer ?

J'aime bien discuter avec une nana qui s'appelle Atelier Carmin et qui fait des bouquets de fleurs séchées. Sinon, Johanna Olk, une illustratrice dont j'aime énormément le travail.

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