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Dans son bureau intimiste du Xe arrondissement parisien, Chloé Desvenain, aka Fakepaper, nous accueille chaleureusement. La graphiste et illustratrice parle avec simplicité de son travail et de ses inspirations dans le cadre de sa collaboration avec Pli, revue d’Architecture et d’Edition. Mariant arts plastiques et arts appliquées, Fakepaper crée des identités visuelles époustouflantes de couleurs et de mouvements.

Peux-tu nous parler de toi et de ton univers en quelques mots?

Je m’appelle Chloé Desvenain. J’utilise le pseudonyme Fakepaper pour mes activités de graphiste freelance à Paris, depuis 2011. Pour ce qui est de mon univers, je ne l’ai jamais vraiment pensé en ces termes. Mais si je devais qualifier mon travail, je pense que ça serait plutôt un travail plastique, assez porté sur la couleur. Mes projets tournent énormément autour de l’identité visuelle. J’adore ça, bien que ce ne soit pas un choix de départ ; ça s’est fait au hasard des projets. Je me suis un peu « spécialisée » là-dedans, c’est mon domaine favori.

D’où te vient cette passion pour le graphisme et l’illustration?

Je pense que ça vient de ma mère qui est professeure d’arts plastiques. Ça a influencé mes jeux d’enfant. J’adorais un jeu d’archéologue où il fallait recomposer des vases égyptiens et des amphores pour les peindre. Mes parents étaient très adeptes de ce genre de cadeaux. On va dire que ça a travaillé le terrain. Ensuite, je me suis dirigée vers les arts plastiques au lycée, je m’y suis beaucoup épanouie. Mais le côté un peu trop romantique, tel que je le percevais à l’époque, m’a fait décrocher. J’étais trop rationnelle, ce n’était pas assez appliqué et concret pour moi. J’étais une adolescente tout à fait classique; les arts plastiques étaient un peu trop idéalistes. Par la suite, j’ai fait une mise à niveau en arts appliqués sans trop savoir si ça allait me plaire car l’image que j’en avais, je me l’étais faite toute seule.

En prépa, ça a été très dur car je ne m’attendais pas à ce que ce soit si différent des arts plastiques. Ce n’était pas les mêmes ressorts. J’ai mis un peu de temps à m’y faire. En prépa, on touche à plusieurs domaines comme le stylisme ou le design d’espace. La communication visuelle est ce qui m’a plu le plus, et mon intérêt s’est confirmé par la suite. Ça doit paraître très clivant ce que je dis sur la différence entre arts appliqués et arts plastiques. Maintenant, je ressens moins ce clivage, je ne me pose plus la question de savoir ce que je fais quand je crée quelque chose. Je sens que je sollicite de plus en plus les arts plastiques dans ma démarche. Je pense qu’à une époque c’était très distinct, et actuellement ça l’est de moins en moins. On peut voir que de plus en plus de marques ou institutions font appel à des graphistes pour avoir des démarches artistiques et plastiques, et l’inverse également. Ce sont des mondes qui s’interconnectent. J’ai un bagage technique que je n’aurais pas si j’avais poursuivi l’art plastique et j’aborde de manière sensorielle des projets qui ont quand même une dimension mercantile, toute symbolique soit-elle.

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Quelle est la personne qui t’a le plus influencée professionnellement?

Ça a été une des professeures que j’ai eu pendant mon année de prépa. J’étais allée aux portes ouvertes de cette école, je venais du sud de la France spécialement pour cette journée. J’étais censée aller à la pêche aux informations et questionner les élèves. Evidemment, je n’osais pas. Du coup, ma mère a fait le boulot pour moi. Elle est allée voir une des profs et une sympathie réciproque est née immédiatement. Elles se ressemblaient sur beaucoup de points. J’ai dû l’attendrir et elle m’a proposée de m’aider à me préparer au concours d’entrée. A l’époque, le concours d’entrée se faisait sur table en trois heures et il fallait venir avec des caisses à outils remplies de matériel pour ne manquer de rien sur le moment. On finissait de faire sécher nos créations au séchoir dans les toilettes.

Cette professeure m’a aidée en me faisant parvenir des archives du concours pour que je puisse m’entraîner en conditions réelles chez moi. Je me pliais à la règle des trois heures même si j’avais moins de pression dans le cadre de la cuisine familiale (rires). Puis, je lui envoyais ce que j’avais fait et elle me corrigeait. Du coup, j’ai passé le concours et je l’ai eu. Ensuite, elle est devenue ma prof, elle était très dure, peut-être même plus avec moi. Mais elle était juste et m’a beaucoup poussée. J’en garde un très bon souvenir et nous sommes toujours en contact. Elle a vraiment été une rencontre décisive dans ma vie.

Quelles sont tes sources d’inspirations artistiques?

Je n’ai pas un mouvement ou un médium en particulier qui m’inspire plus qu’un autre. Je suis touchée par l’expressionnisme, en particulier par l’expressionnisme abstrait américain. Ce sont des choses qui ont beaucoup trait à la couleur et au mouvement; c’est une esthétique qui me touche particulièrement. Cependant, je ne ressens pas le besoin de me documenter à mort sur la période et les artistes. Je traite mes inspirations de façon plus empirique. Sur mon ordinateur, j’ai des dossiers d’images dans lesquels je mets pêle-mêle tout ce que j’ai collecté pendant le mois. Alors ça peut être des images issues d’internet, des captures d’écrans d’Instagram, des photos que j’ai prises, parfois même des coupures de magazines que j’ai prises en photo avec mon téléphone (rires) ! C’est une sorte de carnet de bord visuel mais du coup, je n’ai pas toutes les références relatives à chaque image, parce qu’elles ne sont pas forcément indiquées. Ce ne sont pas forcément des choses de graphiste. Ce sont plutôt des ambiances colorées, des matières. Ça fait partie de ma démarche sensorielle.

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Quels sont tes projets actuels?

En ce moment, je finalise des projets commencés en juillet. Je travaille sur l’identité visuelle d’un festival organisé par Arte en octobre prochain. C’est un « hackathon », un marathon de hackers, une sorte de workshop. Sur un week-end, des programmateurs, des codeurs, des graphistes et autres sont réunis en équipes et se défient sur une thématique lancée en début de week-end. J’ai fait l’identité de l’événement en collaboration avec un autre studio de graphisme, Studio Fables. L’affiche ne devrait pas tarder à sortir.

Je travaille également sur l’identité d’une super pizzeria qui s’appelle Da Graziella, qui doit ouvrir rue des petites écuries. Je trouve ça assez cool parce que typiquement les restaurants sont un peu considérés comme le parent pauvre du graphisme, en termes de supports et de création. En réalité, il y a énormément de supports et de prints à concevoir. Pour la première fois, je conçois des boîtes à pizzas, c’est génial (rires) ! J’ai proposé plusieurs graphismes à ma cliente et j’ai eu la chance qu’elle en aime plusieurs donc on va faire des collections de boîtes à pizzas qui changeront tous les six mois. J’adore le fait que ce soit un support que les gens vont prendre chez eux et surtout qui va vivre.

Je travaille aussi assez régulièrement avec Paco Rabanne mode, je fais pas mal de supports print pour eux. Je travaille également sur l’identité d’un autre lieu, un club, en collaboration avec un autre studio et on touche à l’ameublement, ce qui sort un peu de mes supports habituels. J’aide aussi mes amies créatrices du Food Market sur l’identité visuelle du prochain événement. Je vais aussi travailler sur l’identité d’un documentaire. Bref, beaucoup de choses différentes !

Est-ce que tu as une anecdote à nous raconter sur ton travail?

Ce n’est pas vraiment une anecdote mais ça concerne le salon Who’s Next, qui a pris fin il y a peu. Cette année, je faisais l’identité de cette nouvelle édition. J’étais très heureuse et émue de voir l’identité affichée en 4 par 3 partout et déclinée par tous les scénographes. En plus, Noir Gaazol, un camion-boutique qui sillonne les routes, dont j’ai fait l’identité, était exposant ; tout comme une résidence d’artistes, Atelier Meraki. J’étais vraiment heureuse de voir trois de mes clients, avec qui en plus j’ai développé des relations personnelles, réunis dans un même lieu.

“C’est ce que je trouve émouvant dans mon travail.”

J’étais heureuse de les voir se reconnaître dans ce que j’ai conçu pour eux. C’est ce que je trouve émouvant dans mon travail: c’est quand il se met à exister et que ça devient concret, pas seulement pour moi mais aussi pour les autres. C’est génial de voir les gens s’approprier quelque chose que tu as conçu dans l’intimité de ton bureau. Quand tu livres le « bébé », c’est touchant de voir qu’il vit sans toi, voire même mieux sans toi (rires). C’est une belle récompense.

Un autre métier que tu aurais aimé faire?

Je suis très épanouie dans mon travail. Quand j’étais adolescente, je voulais être prof d’équitation, comme plein de petites filles (rires) ! Dès l’enfance, j’ai passé mes galops. A la fin de ma troisième, j’avais fait deux demandes d’orientation, arts plastiques d’un côté et bac agricole de l’autre, pour entamer mon cursus là-dedans. Ma mère a utilisé son droit de veto, elle avait peur que ça me ferme des portes !

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Un artiste coup de cœur à nous faire découvrir ?

Elle est déjà connue, mais je dirais Inès Longevial. Elle a une démarche singulière et hyper sincère. Son rapport à la couleur, à la forme, aux aspérités de la couleur, parce qu ‘elle peint beaucoup, me touche.

Une passion particulière?

Je ne sais pas si on peut parler d’une passion mais je suis très portée sur les animaux. J’ai énormément d’empathie pour la cause animale. Je me suis même renseignée pour être bénévole dans un refuge. Typiquement, je n’ai pas d’animal à Paris parce que pour moi, ça ne serait pas le rendre heureux.

Quelle personnalité nous recommandes-tu de rencontrer pour un prochain portrait 10point15 ?

J’aime le travail d’Alaric Garnier, qui est graphiste à Paris et qui fait aussi du « sign painting », soit de la typographie d’enseignes. Il fait son travail avec beaucoup de goût et me bluffe à chaque fois. Je suis également impressionnée par Christopher Pierre Louis, de la revue Pli. Il a énormément de projets et une “niaque” folle. Il était encore étudiant quand il a lancé la première édition de Pli.

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