C’est lors du vernissage de leur dernier projet O.V.N.I, à l’atelier Bô du CAPC, que nous avons rencontré les 3 fondateurs du label Dumbhill. Thibault Mahieux, Rackam Armand et Anton Olmiccia nous ont présenté leur label de musique rétroactive et radioactive. Ces trublions autodidactes ont plus d’un projet dans leur poche et une féroce envie de nous amener avec eux sur leur Dumbhill.

Pouvez-vous nous parler du projet Dumbhill ?

Rackam : Nous avons créé le projet Dumbhill il y a quelques années. Au départ, il s’agissait d’un prétexte pour monter une page en ligne, une plateforme qui nous aurait servi à diffuser tous nos side projects, nos albums et les titres de musiques qui trainaient dans nos fonds de tiroirs ainsi que ceux de nos copains. Tout a commencé comme ça, avec cette idée de diffuser cette musique qui était vouée à être détruite et dont on ne savait pas trop quoi faire.

Aujourd’hui, on considère Dumbhill comme un label de production à part entière. On structure tous nos projets respectifs autour de cette appellation.

Thibault : Chez Dumbhill, on utilise différents médiums. Bien sûr c’est principalement axé sur la musique mais on fait également un peu de vidéo, du cinéma, on produit aussi des objets, des ateliers, des fêtes...

Rackam : Oui, on fait des soirées, de l’événementiel, on est assez polyvalents !

D’où vient le nom de votre projet Dumbhill ?

Rackam : Dumbhill vient de “Dumb” et de “Hill”, littéralement la colline débile. À la base, on a monté ce concept avec Leny Bernay dont le nom de scène est “Jardin”. Avec lui, on avait un groupe de rap qui s’appelait “Jaguar Force 2012” (rires). Nous avions commencé à faire de la musique ensemble mais nous n'arrivions pas à trouver un nom en commun. À l’époque, en 2012, on était assez marqué par le concept de fin du monde, alors on a travaillé des jeux de mots autour de deux mille douze, dumb mille douze et c’est venu comme ça ! Quand on a eu à rendre public nos projets musicaux, on s’est dit que cela sonnait bien et on a voulu tout rassembler sous le label Dumbhill.Cette idée de coline, d’endroit où tout est permis pour les grands enfants que nous sommes nous semblait vraiment coller à nos intentions, on peut y faire n’importe quoi ! Un territoire inexploré où on s’amuse à chaque nouvelle rencontre.

 

Thibault : Même dans notre communication visuelle ça se voit que nous sommes encore de grands enfants.

Rackam : Depuis, Leny Bernay a déménagé sur Bruxelles, il a continué en solo et il a sorti son projet sur un autre label, Le Turc Mécanique. On avait sorti son premier projet sur Dumbhill et on garde de très bons rapports, il nous suit de prêt et il reste la famille !

Un territoire inexploré où on s’amuse à chaque nouvelle rencontre.

On vous avait un peu perdu de vue, non ?

Thibault : Il y a un an et quelques, Rackam est venu me chercher en me disant que le projet était un peu à l’abandon. On a sorti le film Wakanda en 2014 et on n’a plus fait grand chose... Pourtant, les copains n’arrêtaient pas de sortir des productions musicales et d’autres trucs. Rackam avait vraiment cette volonté de faire repartir l’affaire, et du coup, il m’a demandé un coup de main sur le management du label. On s’est donc réuni avec Rackam et Anton pour lui redonner un coup de frais et on a vraiment relancé le label avec le lancement de la compilation Phil Collins à des Yeux.

 

On a contacté toutes nos connaissances qui évoluaient dans des registres musicaux semblables, et qui partageaient la même vision de la musique que nous pour qu’ils nous envoient ces morceaux oubliés, non édités, ces ovnis musicaux. On trouvait vraiment regrettable que ces morceaux restent cachés. Pour le lancement on a voulu concrétiser ça avec quelque chose de physique, une fête, on voulait vraiment s’amuser avant tout.

Il a fallu 6 mois pour faire le projet Phil Collins a des Yeux et dans un même temps nous avons pu commencer à définir les lignes de conduites de Dumbhill.

Quel est le genre musical du label Dumbhill ?

Nous sommes multifacettes, pluridisciplinaires.

Rackam : Selon nous, notre musique ne peut pas être classée, comme nos goûts musicaux d’ailleurs. Notre écoute de la musique dépasse les genres. On est vraiment éclectiques et cela nous semblait absurde de monter un label “monogenré” alors que ce n’est pas du tout notre vision. Par exemple, Anton officie sous le pseudonyme JORJE18, moi j’ai mon groupe l’Armée des Morts et ce sont deux projets radicalement différents, mais on se retrouve quand-même, dans des manières de penser, de créer et pas forcément dans des genres musicaux.

Anton : Nous sommes multifacettes, pluridisciplinaires. De mon point de vue, je dirais que les éléments communs de nos productions sont la musique électronique et qu’il s’agit très souvent d’improvisation.

Rackam : Oui, la musique électronique mais au sens hyper large !

Quelle est la personne qui vous a le plus influencé artistiquement ?

Thibault : Bob Marley ! (rires)

Rackam : Jacques Chirac ! (rires)

Anton : Alexandro Jodorowsky, il a d’ailleurs exposé l’année dernière au Capc. Jodorowsky est un artiste franco-chilien, poète, réalisateur, écrivain, comédien, metteur en scène, shaman. Il a écrit plein de livres qui peuvent être considérés commes des livres de développement personnel. J’aime beaucoup sa façon de voir les choses, tout n’est pas bon à prendre mais il m’a beaucoup influencé.

Rackam : J’ai extrêmement de mal à répondre à cette question en vrai. De manière générale, je suis influencé par le cinéma des années 70-80, au sens large, j’aime la radicalité et la liberté de ton des années 70, mais aujourd’hui, je pioche des trucs à droite et à gauche car j'ai l’impression qu’il y a de bonnes choses partout, cela dépend vraiment de la manière dont tu poses ton regard sur elles, tu prends ce qu’il y a à prendre. Moi, je suis rentré dans la musique avec Mickaël Jackson (rires), c’est mon idole d’enfance, mais après, j’ai arrêté d’avoir des icônes et d’embrasser complètement telle ou telle personnalité.

Anton : Moi, j’ai envie de parler des trois albums qui m’ont le plus influencé. Ca fait longtemps que je me prépare à répondre à cette question et comme on ne me la pose jamais, alors je me lance (rires). J’avais envie de le dire à quelqu’un (rires). Il y a tout d’abord Grace de Jeff Buckley, l’album de Prodigy, The Fat of the Land et enfin Mauvais Oeil de Lunatic.

Thibault : Ça reflète bien Dumbhill au final, c’est marrant.

Anton :  Mon rapport à la musique c’est grâce à ma soeur qui sortait avec un mec qui faisait des free-parties dans les bois. Il avait entreposé tout son matos chez moi et cela me fascinait.Du coup, j’ai acheté mes premières platines avec un micro, et on a commencé à s’enregistrer quand on avait 15-16 ans Rackam et moi. C’est notre première expérience à l’enregistrement : on écoutait notre voix, on posait sur des phases B de vinyle… ce sont de très bons souvenirs !

Sur quels projets travaillez-vous en ce moment ?

Thibault : On vient juste de terminer O.V.N.I, qui est un projet totalement inédit pour nous puisqu’il s’agissait d’un atelier pour enfants qui a pris place pendant 10 jours à l’atelier BÔ au CAPC.

Pour la première fois, on a essayé de faire travailler des enfants de 7 à 11 ans sur la production musicale et vidéo. On s’est alors rendu compte qu’il était très difficile de travailler la musique avec cette tranche d’âge parce que, tout simplement, ils n’ont pas de culture musicale qui leur soit propre. On était hyper surpris quand on leur a demandé ce qu’ils écoutaient : on s’attendait à des trucs de Skyrock ou autres radios majors, mais en fait, ils écoutent la même musique que mes parents ! (rires). Il y avait tout à construire, et c’est ce qui a été hyper enrichissant dans cet atelier : ils étaient emballés par tout ce qu’on leur proposait. Par contre, c’était aussi hyper difficile de les faire chanter sur un tempo.

Anton : On pensait qu’il était facile de faire 3 rimes, mais dès qu’il a fallu placer du texte dans une structure rythmé, on a constaté qu’ils avaient un peu plus de difficultés.Je pense qu’on a eu le fantasme de se dire que les enfants sont les rois de la création, et qu’ils sont en mesure de tout faire facilement alors qu’en réalité, eux aussi ont le trac dès qu’il y a un micro qui enregistre, une caméra qui tourne. Ça nous a pris un peu de temps pour comprendre comment adapter notre process.

Rackam : Les enfants sont trop drôles, ils ne sont pas encore dans la perception du regard des autres, du coup, l’ambiance est hyper détente car ils se lâchent, rigolent ensemble et basta.

Thibault : C’était très drôle pour nous Dumbhill de considérer ce groupe d’enfants comme un artiste à part entière. On les a accompagné comme n’importe quel autre de nos artistes, c’est un projet Dumbhill que l’on assume de A à Z et qui fera partie du catalogue de notre label. En 10 jours, on a créé un groupe pour l’accompagner jusqu’à la sortie d’un disque tout en créant son image.Rackam : Sinon niveau actualités, la semaine prochaine, j’entre en résidence pour préparer le nouvel album de mon groupe L’Armée des Morts. On a déjà sorti deux albums chez Dumbhill.

Thibault : On va aussi sortir les clips de Vladigital pour lancer son album undercover. On est en train de tourner deux ou trois clips pour relancer un projet qu’il avait démarré et qui sera un album de reprises de morceaux, de tubes années 80, 90, 2000.

Justement, l’image et le dessin ont l’air d’avoir pas mal leur place chez Dumbhill, non ?

Anton : Avec Rackam, on se connait depuis que nous sommes enfants et à la base, on était férus de dessin, on était des geeks de bandes dessinées. On avait même monté un fanzine qui s’appelait BDstroy, et au lycée, on a participé à plusieurs festivals de jeunes auteurs avec ce fanzine. Nos influences étaient Fluide Glacial, Hara Kiri… Ensuite, on est passé par une phase graffiti et puis du jour au lendemain, on a complètement dévié vers la musique.

Rackam : Le dessin n’est pas notre pratique principale, mais on ne l’a pas complètement abandonné puisqu’à l’occasion du Zine Fest, un festival de micro-éditions organisé par la librairie Disparate à Bordeaux, on a édité une bande dessinée faite en groupe. Ce n’est donc plus vraiment notre priorité car on a  arrêté de croire que l’on allait devenir des dessinateurs de BD reconnus (rires). Ce n’est plus trop ce qui nous fait rêver.

Un lieu où vous aimez aller ?

Rackam : J’ai envie de dire le Café Pompier ! J’ai l'impression de tout le temps dire ça (rires).Anton : On dit toujours ça et pourtant on est moins souvent là bas qu’au Poisson Rouge bar (rires).

Thibault : Le Complexe Aquitain ? Mais en vrai on y va jamais (rires).

Rackam : Ouais, t’as raison, le Complexe Aquitain. Pour la petite histoire, en 2014, on cherchait à projeter notre film Wakanda, et après quelques échanges longs et fastidieux avec l’Utopia, on s’est adressé au plus vieux cinéma porno de Bordeaux et ils ont adoré le projet ! Du coup, pendant 5 mois, tous les mercredis, le film était diffusé là-bas. On a eu pas mal de retombées presse, ça a fait du bruit : on y organisait des happenings avec des danseurs, des performeurs... Ce concept a d’ailleurs été pas mal de fois repris depuis. À l’époque, on leur avait fait refaire le système son au complet ! On était content d’être à l’initiative de ce projet qui amenait un nouveau public au cinéma, un public qui venait pour autre chose que pour se masturber (rires).

Pour résumer, on aime beaucoup le Complexe Aquitain, on aime beaucoup le Café Pompier et on traîne souvent au Poisson rouge (rires).

Un artiste coup de coeur à, nous faire découvrir ?

Anton : JORJE18 aime bien un groupe de canadien qui s’appelle Men I Trust, c’est un petit groupe basse, guitare, guitare et voix qui me plaît beaucoup. Toutes leurs tracks sont géniales.

Thibault : Il y a un an et quelques, Rackam est venu me chercher en me disant que le projet était un peu à l’abandon. On a sorti le film Wakanda en 2014 et on n’a plus fait grand chose... Pourtant, les copains n’arrêtaient pas de sortir des productions musicales et d’autres trucs. Rackam avait vraiment cette volonté de faire repartir l’affaire, et du coup, il m’a demandé un coup de main sur le management du label. On s’est donc réuni avec Rackam et Anton pour lui redonner un coup de frais et on a vraiment relancé le label avec le lancement de la compilation Phil Collins a des Yeux.

 

Une anecdote à nous raconter ?

Thibault : Pour se dire bonjour on se fait une “double bise mono-côté”, ça impressionne tout le monde et c’est un peu notre marque de ralliement. On se fait deux fois la bise mais sur une seule joue : tak! tak!. Personne n’a le droit de nous copier, c’est un concept Dumbhill (rires).

Anton : C’est une vraie discipline quotidienne ! Lorsque l’on oublie de le faire, on a des points de malus entre nous. Cela fait des mois que je m’entraine et je m’y perds, je le fais à des gens qui ne comprennent pas ce que je fabrique (rires).

Une personne à nous recommander pour 10point15 ?

Thibault : Les enfants de la destinée, deux nanas qui sont de très bonnes amies et qui ont une production entre installations, vêtements, etc. Elles se sont occupées de la scénographie des événements Carte Rose organisés par Happen. Elles sont très généreuses dans ce qu’elles font, et sur ces derniers évènements Carte Rose, elles étaient aussi dans la performance d’elles-mêmes. Une équipe à suivre !

Le label Dumbhill compte les artistes suivants : L’Armée des Morts, Vladigital, JORJE18, Jardin, Le Humain, Blood Bath, Nault 25, G Wave Action.

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