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Rencontre avec Jimmy Petitet, fraîchement débarqué dans son appartement du 15ème arrondissement parisien. Après une dizaine d’années passées à écumer les terrains de BMX du monde entier, l’ex Bmxer présente désormais un travail de création d’enseignes imaginaires, entièrement réalisées et peintes à la main.

Peux-tu nous parler de toi, ton parcours, ton univers artistique en quelques mots ?

Je m’appelle Jimmy Petitet, j’ai 38 ans et je suis parisien d’origine. J’ai eu un parcours scolaire moyen et j’ai commencé des études de tapissier décorateur, ce qui m’a donné le goût du rapport manuel au travail. En parallèle, j’ai commencé une carrière professionnelle de BMX en flat (figures au sol). Du coup, je n’ai jamais vraiment poussé ma formation initiale puisque le BMX m’a permis de vivre pendant 10 ans, de voyager, de rencontrer l’ensemble de mon réseau actuel et ainsi d’avoir une vie un peu différente des autres ados et jeunes adultes.
De cette expérience a découlé une marque de vêtements que j’avais montée avec deux amis : Stéréo Panda. Quand nous avons dû fermer la marque, j’ai commencé à entamer des recherches plus personnelles qui m’ont menées sur mon travail du bois et de l’enseigne, sur des télévisions en forme de Game Boy, etc. Après les vêtements, j’avais envie d’avoir un travail plus manuel et de sortir du côté standardisé pour produire des pièces uniques.

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En fait, mon attrait pour la création est arrivé un petit peu par hasard, c’est vraiment ma pratique du BMX qui m’a formé. Cela m’a permis de rencontrer des personnes qui n’avaient pas forcément une vision de la vie “classique”, qui ne se donnaient pas de limites et qui allaient vers une réelle approche spontanée de leur futur : “j’ai envie de faire quelque chose, je le fais à fond et on verra bien le résultat !”. Aujourd’hui, même si je suis plus mature et plus réfléchi, j’essaye de garder cette spontanéité dans mon travail. Je fais ce que j’aime et je ne m’attends à aucun retour. Je pense que cela se ressent dans mon travail à l’heure actuelle. Ma pratique est instinctive et “cool”, dans la mesure où ce n’est pas une recherche de fond absolu mais plutôt cet attrait immédiat très enfantin.

D’où vient cette passion plus spécifique pour les enseignes ?

J’ai toujours eu un attrait pour le graphisme en général. Je suis très intéressé par la création de logotypes, on en voit partout, sur n’importe quel sujet. D’un autre côté, j’ai toujours été fasciné par les vieilles enseignes et l’aspect manufacturé. Un juste mélange de graphisme, de nuances et de composition qui sont les trois éléments de base autour desquels je me plais à graviter. Je crée réellement une identité visuelle pour chaque enseigne, je trouve intéressant de rechercher un concept simple, me projeter mentalement dans la représentation de celui-ci. Une fois que mon projet est posé sur ordinateur, je prépare mes plans afin de lui faire prendre vie en 3 dimensions dans mon atelier. J’ai un gros travail de conception en amont qui aboutit sur un plaisir total lorsque je passe en production et que je commence à monter ma pièce, petits morceaux de bois par petits morceaux.

“J’ai vraiment fait les choses à l’instinct, je voulais que mes créations soient légères et me fassent sourire.”

Après, j’aime le côté évident qui ressort de mes créations et le fait qu’on pourrait se dire qu’elles sont réelles et qu’elles ont eu une réelle vie avant de les voir pour la première fois. J’essaye donc d’avoir des concepts très simples et facilement identifiables comme contraintes et après je me laisse le champ libre en termes de nuances, de composition, de formes.

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Mes enseignes sont un savoureux mélange de toutes mes influences. On peut leur trouver des inspirations américaines mais aussi plus japonisantes. Je suis un enfant des nineties, un enfant “MTV” (rires), du hiphop et des contres cultures : du coup je pense que ça à réellement nourri l’approche de mon travail et ma sensibilité artistique.
Même si je trouve mille défauts aux USA (rires), je suis né dans cette culture globale qui se joue des codes, les aspirent, les fusionnent donc je pense que cela ressort forcément dans mes travaux.
J’ai vraiment fait les choses à l’instinct, je voulais que mes créations soient légères et me fassent sourire. Je ne me suis pas posé plus de questions que ça en fait. Quand j’ai commencé à en faire une, j’étais hyper impatient d’entamer la seconde et ce travail me permettait de décliner mon savoir faire à l’infini et finalement d’avoir une thématique d’ensemble intéressante.

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Quelle est la personne qui t’a le plus influencé ?

Bizarrement, vu que j’ai démarré ce travail personnel assez tard, je n’ai pas d’influence en particulier car je me suis nourri déjà de mille choses depuis l’adolescence. Il n’y a pas un nom qui l’emporte en particulier. Je suis vraiment sous l’influence de cette “world culture” (rires) et de mes années de BMX. C’est un milieu où l’image et le graphisme ont une réelle importance et qui m’a permis de me nourrir de mes voyages, de découvrir le monde sous un oeil plus global. D’après moi, on peut faire ce que l’on veut dans la mesure où on travaille et si on s’implique avec une pointe de sincérité.

Aujourd’hui, je suis très intéressé par les artistes post graffiti américains : Stephen Powers, Rise, Kaws,… Toute cette génération me plaît. En France, j’ai également beaucoup de choses qui me plaisent, des graphistes aussi.
Après, dans les références plus anciennes je peux te citer Keith Haring.

D’une manière générale, ce qui m’intéresse ce sont les artistes proches de l’illustration qui ont un travail assez immédiat et impactant, des artistes identifiables très rapidement.

Pour conclure, je me nourris d’un peu de tout, sans omettre la littérature et la musique.

Sur quel(s) projet(s) travailles-tu en ce moment ?

J’ai un projet pour la rentrée avec Franck Pellegrino, un artiste tatoueur et illustrateur. Ensuite, j’aimerais bien travailler en collaboration avec 2shy, un autre artiste français issu de la scène graffiti.

Sinon, en termes de projets plus personnels, je suis constamment en production, tout au long de l’année je crée des enseignes, j’essaye d’en avoir d’avance pour pouvoir les présenter en série. J’aime être dans cette énergie, dans cette effervescence de création.
En parallèle, je travaille de temps en temps sur des commandes de graphisme mais j’essaye d’en faire le moins souvent possible.

Quel autre métier aurais-tu aimé faire ?

Cette question est compliquée car j’en ai déjà eu plusieurs. J’ai du mal à savoir ce que j’aurais pu aimer faire d’autre. Très certainement un travail manuel mêlant le bois et la création, comme ébéniste peut-être, oui, voilà un métier qui m’aurait beaucoup intéressé.
Également, par-dessus tout, j’aurais aimé savoir écrire et bien écrire ! Ça m’aurait plu mais ça restera le domaine du rêve (rires).

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Un artiste coup de coeur ?

“C’est de toute cette implication personnelle que naît la fierté d’avoir créé ce que l’on offre au regard des autres.”

Je l’ai cité dans une précédente question : Franck Pellegrino. On retrouve dans ses créations un juste mélange d’immédiateté et de minutie perfectionniste. J’aime ces artistes qui investissent beaucoup de travail dans leurs créations, lorsqu’on l’on peut y ressentir l’envie et l’énergie de donner aux autres. J’aime pouvoir retrouver dans une œuvre le temps que l’artiste aura accordé à sa réalisation. C’est cette rigueur que j’essaye de m’appliquer à moi-même et c’est la raison pour laquelle chaque pièce est aussi longue à produire. C’est de toute cette implication personnelle que naît la fierté d’avoir créé ce que l’on offre au regard des autres.

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Un morceau que tu écoutes en ce moment ?

De la musique j’en écoute tout le temps, de manière intelligente ou alors pour l’énergie qu’elle dégage, j’aime activer le mode “aléatoire”. Je n’ai jamais préféré un style plus qu’un autre, ça va des Pink Floyd à Booba en passant par l’électronique, la trap ou encore Kendrick Lamar. Plutôt éclectique je crois!
Le dernier album que j’ai écouté, après tout le monde je crois, c’est d’ailleurs le premier album de Kendrick Lamar, Section.80.

Une anecdote à nous raconter ?

Une anecdote ?! Hum…. euh. Euh. Non je ne sais pas quoi te dire.

Un lieu où tu aimes aller ?

J’ai une bande de potes, tous un peu dans la création, artistes, graffeurs, graphistes,… Tous issus de la même culture. On aime se retrouver dans un bar, un peu quelconque, le “Saint-Gervais” dans le Marais, à Paris. On s’y retrouve en table ouverte, pour discuter et commenter les projets de chacun. Ces moments sont des grands plaisirs dans ma vie. Ces moments sont sans prétention, sans soucis d’ego, on rit ensemble et ces rires entraînent selon moi une énergie folle !

Une personnalité que tu nous conseilles de rencontrer pour 10point15 ?

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Je vous suggère de rencontrer 2shy qui est quelqu’un que j’aime et doté d’une vision de l’art plus qu’intéressante. Sa production est plurielle, oscillant entre terrain vague, graffiti et galerie.
J’aime son énergie, son travail, il ne s’encombre d’aucun code et c’est ce qui me plaît.

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