Jo Brouillon est un dessinateur acharné, passionné de musique, que l’on croise souvent à Bordeaux, sur la Place Saint Michel en train de chiner de vieux objets, tableaux ou dessins, qu’il fait revivre comme par magie. Nous l’avons rencontré dans son appartement au milieu de plusieurs centaines d’oeuvres.

Peux-tu nous parler de toi et de ton activité en quelques mots ?

Je suis artiste depuis mon plus jeune âge. Je n’ai jamais eu de salaire. J’ai toujours essayé de gagner ma vie avec les crayons et les pinceaux et cela depuis 30 ans. J’ai même vendu certains de mes dessins en salles des ventes. Autrement, j’ai fait des études d’arts plastiques de manière transversale parce qu’au départ, je voulais devenir commissaire priseur. Quand je me suis rendu compte qu’il y avait du droit, je me suis dit que c’était bien trop fastidieux pour moi. J’ai préféré trouver un autre moyen d’expression. J’ai fait beaucoup de recherches plastiques. Aujourd’hui, je me rends compte que ce que j’aime, c’est le beau en général, tout simplement.

Peux-tu nous parler de tes débuts ?

Les premiers émois sont liés à mon père. Lorsque j’étais tout petit, j’entendais toujours : “Jo a un don pour le dessin”. Cette phrase m’a toujours suivi. Aujourd’hui, on ne peut pas parler de don, mais j’ai la conviction d’aimer le dessin. D’ailleurs, mon père avait une très fine sensibilité due à son emploi. Il était dessinateur cartographe IGN. Il venait toujours regarder ce que je faisais. Il a été mon meilleur professeur.

Quelle est la personne qui t’a le plus influencé professionnellement ?

Je pense que c’est un professeur de la faculté d’arts plastiques. Il s’appelait Monsieur Paoli, un homme qui est un ancien grand prix de Rome, élève des sculpteurs Paul Belmondo et Aristide Maillol. Le prix de Rome est une bourse d’étude accordée à de jeunes artistes pour se former en Italie. Cet enseignant avait un vrai regard : on ne pouvait pas faire semblant avec lui. Il fallait travailler dur ! En une année, j’ai fait un réel bon dans ma vie : mon oeil s’est aiguisé. En quelque sorte, je pense qu’il m’a donné des clés indispensables à la compréhension de l’art.

Et aujourd’hui, la personne qui m’influence le plus est mon fils.

Quelles sont tes inspirations artistiques ?

Tous les objets que tu peux trouver sur le parterre de la place Saint Michel un jour de brocante. Plus largement, je trouve de l’inspiration partout où il y a de la poésie, de la surprise et de l'inattendu. Mais je m’inspire aussi de ce que je vois dans les expositions.

Dernièrement, je suis allée voir une expo sur Odilon Redon au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux. Certaines oeuvres m’ont fait penser aux troncs d’arbres de Frédéric Poincelet. En fait, j’ai l’impression que c’est toujours une sorte de gymnastique intellectuelle où tu fais des bonds entre les artistes et les courants. Dans mon travail, je passe mon temps à créer des liens, des parentés, des filiations et des hommages. Je travaille souvent par “série” et chacune d’elle fait référence à des courants artistiques. C’est une façon pour moi de rentrer par la petite porte de l’histoire de l’art.

Est-ce que tu collectionnais déjà étant enfant ?

Tout petit, j’adorais déjà les tableaux. Je m’étais constitué une collection de timbres postaux à partir de laquelle j’avais créé un musée imaginaire. L’idée était de faire se côtoyer sur la même page aussi bien des oeuvres de Diego Velasquez que de Pierre Paul Rubens, le tout en petites vignettes sur la même page. Parmi mes préférés, j’adorais un timbre d’Henri Matisse qui représente une oeuvre faite de papiers bleus découpés.

Quel autre métier aurais-tu aimé faire ?

Commissaire priseur ou brocanteur ! J’aime cette idée de pouvoir rassembler sur une même surface une tête gréco-romaine avec des chaussures de femme et des gants de boxe. C’est cette rencontre surréaliste et incongrue qui me plaît. C’est un peu la même chose dans Les Chants de Maldoror du Comte de Lautréamont. Clairement, j’ai hérité de cette passion pour l’objet de mes parents.

Un artiste coup de coeur à nous faire découvrir ?

Je pense aux artistes plasticiens bordelais Franck Garcia et Claude Buraglio avec qui j’ai fait de nombreuses collaborations. Par exemple, nous avons réalisé pas loin de 25 toiles de 2 mètres sur 2 mètres et quelques dizaines de mètres de cadavres exquis.

J’aime aussi beaucoup le travail de Christophe Massé qui organise des expositions au 28 rue Bouquière. C’est vraiment un “chic type” à Bordeaux. Il m’a aidé à confirmer certains de mes choix en écrivant un texte sur ma pratique et en me décrivant en tant que “peintre”. Cet écrit m’a permis d’avoir confiance en moi. Je pourrais vous donner beaucoup d’autres noms d’artistes bordelais : il y a une scène très foisonnante.

Un morceau de musique que tu écoutes en ce moment ?

Depuis deux mois, je me suis découvert une passion pour l’opéra et l’opérette. J’écoute beaucoup par exemple le compositeur autrichien Franz Léhar. Autrement, j’adore le morceau “DoN't Want Nobody To Give Me Nothing” de James Chance & The Contortions.

Une passion particulière ?

La batterie ! J’adore jouer de la musique avec des amis. Dans ce petit appartement, nous nous sommes déjà retrouvés jusqu’à 8 musiciens à jouer de la batterie, du saxophone etc… Nous jouions même avec des jouets. Avec l’architecte et musicien Matthieu Béchaux, nous avons produit plus de 250 gigas de répétition. Pendant 3 ans, nous avions même un groupe un peu dans l’esprit punk.

Après, j’ai réellement une passion pour la brocante et le pinard. L’art, c’est la vie aussi, il ne faut pas l’oublier !

Une personnalité créative que l’on pourrait interviewer pour 10point15 ?

Emilie Fourquet ! Elle est peintre textile et partage un atelier dans la boutique Blue Madone qui se trouve à côté de la place Pey Berland, au 8 Rue de la Porte Basse à Bordeaux. Elle fait de la peinture sur soie à la main en utilisant des techniques à l’ancienne. Elle les détourne en carrés, en colliers et en bracelets. C’est à découvrir !

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