C’est dans son bureau situé au sein de l’espace BARAQ collective, cours Victor Hugo à Bordeaux, que Marine nous a reçu. Cette jeune bordelaise pétillante et espiègle nous a parlé de son activité de designer et scénographe. Passionnée par la vidéo et le mapping, Marine utilise la lumière comme médium et l’espace comme toile.

Peux-tu nous parler de toi et de ton activité en quelques mots ?

Je suis Marine Cardin, designer et scénographe à Bordeaux depuis maintenant deux ans.

Auparavant, j’ai fait un BTS design d’espace à l’école d’arts appliqués “Créasud”, avant d’enchaîner sur un master en design global, en recherche et innovation. C’est au cours de ce master que je me suis réellement posée la question de ce que je voulais plus tard, ce vers quoi j’avais envie de tendre. J’adorais le milieu de la musique et de la production d’image ainsi que la construction, j’ai donc cherché un lien et c’est un peu par hasard finalement que j’ai abouti au mapping vidéo. J’ai ensuite eu l’opportunité de participer à un workshop pendant le mapping festival de Genève pour apprendre les bases de cette technique. A mon retour, j’ai envoyé un mail à un copain qui était à l’époque chargé de communication au Bootleg à Bordeaux et deux mois après, je faisais ma première installation dans cette même salle. Ensuite, tout s’est enchaîné très vite, notamment avec la réalisation de visuels pour le collectif TPLT.


Attirée depuis toujours par le médium de la vidéo, j’ai toutefois commencé dans ce secteur avec d’importantes lacunes car je n’avais aucune formation en montage d’images animées. Il a donc fallu que je trouve des parades pour créer mon propre contenu sans m’arracher les cheveux. Puisque je suis quelqu’un qui aime la matière, qui aime construire et fabriquer sans nécessairement passer des heures derrières mon ordinateur, j’ai commencé à travailler mon contenu comme s’il s’agissait de peintures mouvantes. De cette façon, au lieu de mélanger des couleurs sur une palette, je pioche à gauche à droite dans des vidéos qui me plaisaient pour composer mes propres créations et créer une nouvelle image et une nouvelle perception de cette image.

Mon univers tourne autour de la magie avec une volonté de travailler sur des formes très simples. J’utilise alors les matières pour transformer ces formes. Par exemple, j’aime m’amuser avec les papiers iridescents car ils créent, avec la lumière, des sortes d’aurores boréales. Depuis trois semaines, j’ai dans mon coffre de voiture, l’installation que j’ai réalisé avec ce type de papier pour le collectif l’Orangeade, chaque jour une lumière différente vient l’éclairer, j’ai donc une aurore boréale permanente avec moi (rires).

Dans mes créations, je cherche toujours à apporter un plus avec lequel le public peut interagir. Ainsi, l’été dernier, j’ai réalisé pour une association qui organisait un événement avec des DJs, une installation qui passait au dessus de la fosse, afin de modifier les habitudes du public. En effet, le public a toujours les yeux rivés vers les DJs, j’ai donc voulu changer cela en créant une sorte de cocons pour le dancefloor.

Je travaille essentiellement dans le milieu de la nuit et de l’évènementiel mais pas que ! En parallèle, je travaille également sur des projets de scénographie de gestion de l’espace global avec Cap Sciences, un centre culturel scientifique à Bordeaux. Ici, mon approche est différente car la problématique tourne plus autour de la gestion de flux de personnes et la mise en avant de l’identité des expositions.

Au départ, cette activité, je la faisais pour m’amuser le week-end et avoir une excuse pour sortir car lorsque j’étais étudiante, j’étais un bourreau de travail qui ne pensait qu’aux études. C’est finalement devenu mon travail au fil des rencontres et projets qui me furent confiés. Lorsque j’ai obtenu mon Master, le soir d’après, j’étais déjà sur une autre installation et depuis je n’ai pas arrêté mais en ce moment, je suis en pleine reformulation de mon travail. J’ai envie de le faire évoluer avec la technique du mapping vidéo, je m’interroge sur ce que je peux faire avec, comment l’utiliser pour dessiner de nouvelles propositions et plus seulement des fonds de scènes, etc.

D’où te vient cette passion pour l’image en mouvement ?

Je pense que cela vient vraiment de mes études. Déjà au lycée j’ai fait un bac Littéraire avec option cinéma, j’avais déjà cet attrait pour la mise en lumière, l‘image. Je faisais aussi beaucoup de photos en soirées à la grande époque de la discothèque le 4Sans à Bordeaux. J’avais déjà vraiment cet attrait pour le médium image. Quand par la suite, j’ai découvert que je pouvais faire bouger ces images et les vidéoprojeter sur des formes et complètement les transfigurer c’est devenu une passion. Je trouve ça fou ce pouvoir de transformer des formes et des espaces grâce à l’image, l’infini des possibilités, le champ des possibles me fascinent. Je suis en perpétuelle recherche et paradoxalement j’ai toujours la frustration de la deadline, car à un moment donné, il faut stopper sa phase de recherche pour concrétiser le projet.

Quelle est la personnalité qui t’a le plus influencée ou marquée professionnellement ?

C’est dur comme question mais il y a un premier collectif d’artistes qui m’a particulièrement influencé et qui s’appelle United Visual Artists. Ce collectif est basé à Londres, c’est un des premiers collectifs que j’ai découvert lorsque j’étais encore au lycée et sans vraiment savoir ce qu’ils faisaient de manière précise, j’avais cette impression qu’ils faisaient vraiment de la magie. Je suis retombée sur leur production il y a deux, trois ans et je me suis dit que c’était vraiment ce que je voulais faire.

Il y a une deuxième personnalité créative qui m’inspire, c’est Joanie Lermercier. C’est un “tueur” pour moi, sa recherche graphique et artistique me touche et j’ai eu la chance de pouvoir le rencontrer et de travailler avec lui sur le festival Echo à Venir il y a deux ans à Bordeaux.

Après, en termes de références, il y a un vieux scénographe tchécoslovaque des années 30 qui s’appelle Josef Svoboda. Il travaillait beaucoup sur la transparence des matériaux et leur révélation par la lumière.

Enfin, j’ai la chance d’avoir des amis qui croient en mon travail, je ne suis pas une personne hyper confiante donc avoir ce noyau de copains qui me pousse, qui vient m’aider sur les installations, c’est aussi un réel moteur pour moi.

Quelles sont tes inspirations artistiques ?

Je l’oublie à chaque fois, mais pour moi, LA référence c’est Olafur Eliasson, un designer qui est désormais le nom d’un énorme studio plutôt qu’une seule personne. Olafur Eliasson travaille sur la matière, la diffraction de la lumière, les matières iridescentes, c’est assez exceptionnel.

Je suis une grosse mordue de bouquins, j’en achète tout le temps, j’ai une démarche empirique dans mon travail et pour créer, je démarre d’images que j’ai en tête, d’inspirations cachées qui ressortent à la surface. C’est d’ailleurs assez marrant, car un jour j’ai acheté un bouquin juste à cause d’une couverture incroyable et par la suite, en fouillant dans ma bibliothèque, je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’un livre d’Olafur Eliasson.

Sur quel(s) projet(s) travailles-tu en ce moment?

Je travaille dans un espace de coworking BARAQ collective et je me suis battue toute l’après midi pour nous créer une vitrine de Noël dans un espace hyper réduit.
Je travaille également sur un projet pour l’Iboat dont le vernissage aura lieu le 23 décembre prochain. J’y réalise une installation pour apporter un peu de magie en cette période de fêtes. Cette installation va rester en place pendant dix jours sur le pont supérieur, j’y synthétise toutes les recherches de mon année, dont le point final a été un voyage il y a un mois aux Açores. C’est un peu le bilan de mon année et le début de mon travail de l’année prochaine. Une ambiance immersive avec une pièce composée de différents éléments qui pourront voyager ensuite dans divers lieux. Ça va être un grand test ! Pour le moment, tout est sur dessins et plans et la semaine prochaine j’entre dans la phase de réalisation. Ce sera un mélange d’éléments en tulles transparents et de gros rochers car j’ai aussi une obsession pour les rochers, j’en dessine tout le temps ! Cette installation sera un mélange de palpable et d’impalpable avec des aurores boréales, des lumières et de la vidéoprojection bien sûr.

Un métier que tu aurais aimé faire?

Quand j’étais petite, je voulais être maîtresse, un classique (rires). Aujourd’hui, j’interviens auprès d’étudiants à l’école Créasud, je suis donc en quelques sortes devenue ce que je voulais être puisque j’enseigne ma passion. Sinon, je voudrais monter un restaurant au bord d’une plage et faire à manger (rires).

Un morceau que tu écoutes en ce moment ?

J’écoute énormément de trucs différents mais j’ai un réel problème de mémorisation des noms, mais ma “summer song” qui me suit c’est “Oino” de La Priest que j’ai découvert au festival Vie Sauvage l’année dernière.

Une anecdote à nous raconter ?

Au tout début de mon activité, j’étais au Bootleg, du côté régie avec mon ordinateur, et je posais des visuels dans une soirée et là, un mec vient me voir et me dit : “mais c’est toi le DJ en fait ?” Et là je lui réponds: “ben non, le DJ est en face sur la scène!”. “Mais alors qu’est ce que tu fais toi?” Du coup, je lui réponds que je m’occupe de la vidéo et là le mec me regarde, semble s’interroger, puis se tourne vers la scène en s’exclamant “aaah ouais ! Il y a de la vidéo…”

Dur dur de travailler dans le milieu de la nuit (rires) !

Un lieu où tu aimes aller ?

La Baraq ! J’aime aller à la Baraq ! Me retrouver chaque jour avec mes coworkers, l’ambiance de travail (et de déconne aussi!) et surtout la volonté de création que l’on s’est créé ensemble et que l’on continu de faire évoluer chaque jour!

Une passion particulière ?

Comme je le disais, j’ai véritable passion pour les livres, ça devient catastrophique d’ailleurs car à la maison, les trois quarts sont en cartons puisque je n’ai plus de place pour les mettre en bibliothèque ! Je fonctionne beaucoup au coup de coeur et très souvent, j’achète un livre juste parce que la couverture me plait (rires).

Sinon, j’ai une collection d’environ une soixantaine de paires de Nike, j’y voue un véritable culte.

Penses-tu à une personne que l’on pourrait interviewer pour 10point15 ?

Je pense tout d’abord à mes coworkers de chez BARAQ collective mais après, c’est très dur pour moi de choisir puisque je suis entourée de créatifs (rires). S’il fallait n’en choisir qu’un je dirais malgré tout Joanie Lemercier, un artiste basé à Bruxelles dont je te parlais tout à l’heure. C’est une grande personnalité du milieu du mapping vidéo et de la création digitale. C’est pour moi, quelqu’un de très innovant dans tous ses projets, dans sa connaissance des logiciels. Sa recherche plastique et graphique m’impressionne, c’est un puit de savoir pour moi. En plus, il fait partie de ces artistes qui partagent leurs recherches avec tous. Allez faire un tour sur son blog, vous en apprendrez beaucoup ! Je vous le recommande vivement !

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