C’est au milieu du quartier multicolore de Belleville dans le XXème arrondissement de Paris que nous retrouvons Stéphane Milochevitch alias Thousand en pleine répétition avec ses acolytes Olivier Marguerit et Sylvain Joasson dans les studios SMOM. Cet artiste autodidacte à l’imagination inépuisable nous a ouvert le temps d’un après-midi les portes de son univers protéiforme.

Peux-tu nous parler de toi, de tes activités, de ton univers en quelques mots ?

Je m’appelle Stéphane Milochevitch, mon projet musical s’appelle « Thousand », je le traîne depuis toujours mais j’ai réussi à le concrétiser un peu plus ces dernières années, en m’entourant de personnes qui m’ont aidé à sa réalisation.
J’ai commencé la musique en autodidacte par la batterie à l’âge de sept ans et depuis je me tourne vers tous les instruments nécessaires à mon besoin d’expression. Je considère être en pleine évolution car je travaille aujourd’hui avec un producteur, un label indépendant, Talitres, mais également avec un distributeur et un tourneur, My Favorite. Ensemble, nous professionnalisons mon projet.

photo_slider_portrait_1220x812px

A coté de ça, depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours dessiné. Sur mon dernier album éponyme Thousand, j’ai réussi à allier les deux, la musique et l’illustration avec la réalisation de ma propre pochette en adéquation avec mon univers musical.J’ai eu aussi envie de m’essayer à la production vidéo en m’occupant seul du tournage de mon clip et des animations qui y sont présentes.

Ma musique, on peut la qualifier de pop-folk avec une volonté de ma part de soigner l’écriture des textes.

D’où vient ton pseudonyme ?

Il n’a pas vraiment de raison d’être. J’ai eu plusieurs noms de projets à travers les années et finalement j’ai élagué pour finir avec celui-ci. A la toute origine j’avais ajouté ça à mon nom de groupe parce que je jouais de tous les instruments dont j’avais besoin pour la création de mes maquettes. Dans mon imaginaire, j’étais l’homme aux milles instruments, c’était un peu la blague du type qui faisait tout lui-même. J’avais un enregistreur à la maison et je m’occupais de tous les aspects de ma musique.

photo_slider_portrait_1220x812px

Aujourd’hui c’est vraiment anecdotique mais il fallait bien avoir un nom (rires). Par contre l’abstraction du nom, sans référence à une symbolique claire ou à une image, me plaisait.
Toutefois, pour ce dernier album, j’ai délégué la batterie et la basse à d’autres musiciens. Je travaille avec Olivier Marguerit (basse et chant), Emma Broughton (clavier et chant) et Sylvain Joasson (batterie).

photo_slider_portrait_1220x812px

Quelle est la personne qui t’a le plus marquée, influencée professionnellement ?

Heu… Cette question n’est pas évidente… Je dirais Frédéric Lo, mon producteur actuel.
Nous avions déjà travaillé ensemble en 2009 et cela n’avait rien donné car je n’étais pas prêt à accepter que quelqu’un intervienne dans mon univers artistique pour donner son avis et transformer des aspects de ma musique. Je n’étais pas encore prêt à remanier mon travail pour le faire progresser. Nous avons donc fait une pause dans notre collaboration avant de le revoir par hasard. Je lui ai alors fait écouter les morceaux sur lesquels je travaillais et là on a rediscuté méthodologie. Nous avons revu la manière dont il pouvait intervenir sur ma musique et on s’est mis d’accord.
Je me rends compte que cela m’a beaucoup aidé. Même pour les phases de travail dont on ne s’est pas servis. Frédéric et son associé, Yann Arnaud, travaillaient sur mes morceaux en reprenant les structures, en cherchant de nouveaux arrangements, en réalisant en fait ma musique. Cela n’a pas été facile car de mon côté j’avais déjà beaucoup avancé sur la réalisation, je n’avais pas seulement travaillé la guitare et la voix, j’avais déjà mes propres arrangements.
N’empêche que leur manière de travailler, de voir la musique de manière abstraite, de prendre du recul, de déconstruire pour reconstruire en changeant le tempo, la structure, la mélodie, etc. a été une révélation. Cette manière relax de faire évoluer un produit quasi brut c’est un truc que je ne connaissais pas et c’est même devenu ma manière de travailler. C’est même obligatoire si l’on ne veut pas devenir fou en restant collé à sa première idée sans prendre conscience qu’elle n’est en fait, pas réalisable.
Frédéric Lo a vraiment influencé ma manière de créer de la musique.

photo_slider_portrait_1220x812px

Quelles sont tes inspirations artistiques ?

Dans un premier temps je te parlerais de mes influences graphiques car c’est le dessin qui m’a amené à la création musicale.
Je suis complètement autodidacte, je n’ai jamais fait d’études d’art ou pris de cours de dessin. Mes influences se sont donc construites de manière empirique.
J’ai passé une partie de mon enfance au Texas et j’ai été pas mal inspiré par les motifs de tatouages néo traditionnels très répandus aux États-Unis. Ensuite, comme ça en vrac je te citerais l’art byzantin, les icônes orthodoxes avec l’utilisation récurrente de fonds à la feuille d’or ou les mosaïques mais aussi toutes les représentations graphiques végétales. J’apprécie aussi beaucoup les peintres de la renaissance flamande et méthodes de réalisation pour les dégradés de ciels qui me parlent beaucoup. Les arts populaires issus d’Amérique Latine m’ont beaucoup influencé. Pour moi, José Guadalupe Posada est une réelle référence. C’est un illustrateur mexicain qui maîtrisait à la perfection la technique de la gravure et dont les oeuvres sont devenues une sorte d’iconographie très courante. Je pourrais également te parler longuement des ex-voto, ces petites icônes mexicaines réalisées lors de cérémonie d’offrandes aux Dieux.

En fait c’est très large, je n’ai pas vraiment de culture hiérarchisée des arts visuels, cela vient et je pioche ce qui m’interpelle sans vraiment tâcher d’organiser ces influences.

photo_slider_portrait_1220x812px

En musique cela suit pour moi la même organisation (rires).
Le dernier disque que j’avais fait en 2008 était très folk, très acoustique. Naturellement les influences c’étaient beaucoup de chanteurs, de groupes indépendants, un petit peu post rock, un petit peu folk comme les Silver Jews par exemple ou encore Bill Callahan qui avait un groupe du nom de Smog à l’époque et puis des trucs beaucoup plus folk traditionnels tels que Leonard Cohen ou encore les Flying Burrito Brothers. Ils étaient finalement très roots. A l’époque de mon premier disque je n’étais pas vraiment capable de travailler un morceau aussi complexe que ce qu’on a fait pour mon dernier album, notamment parce que je ne maîtrisais pas les synthétiseurs. Sur ce dernier album, mon répertoire musical est beaucoup plus large. Il y a pas mal d’influences africaines et de rythmiques afrobeat, j’ai beaucoup écouté le travail de Tony Allen qui est le batteur de Fela Kuti.

Sur le jeu de guitare on retrouve du blues malien à la Tinariwen pour le plus connu. J’aime bien son « picking » à l’africaine. Il y a aussi du rythm’and blues, des influences Motown pour les mélodies, des fois même pour les thématiques de chanson et leurs structures. On trouve également des sonorités plus électroniques à la Tangerine Dream notamment. C’est un groupe de musique psychédélique qui utilisait uniquement des synthétiseur, ils ont eu un âge d’or dans les années 70/80 et on fait beaucoup de choses différentes et très chouettes.
Viennent ensuite les influences plus contemporaines, avec des compositeurs comme Steve Reich ou Philip Glass qui sont des musiciens minimalistes qui utilisent des motifs rythmiques et mélodiques répétitifs. Enfin, Arvo Part qui est un peu dans cette mouvance mais dont les créations sont beaucoup plus mélodiques et épurées.

Tout ça est très détourné dans ma musique mais je me sers de leurs méthodes de construction.
Cette idée de compilation, de patchwork se ressent également dans mon travail graphique avec des compositions où tout se superpose, tout en restant sur un même plan.

Sur quels projets travailles-tu en ce moment ?

En ce moment, j’écris des nouvelles chansons pour l’avenir. Je finalise mon clip pour un des morceaux de l’album et je fais aussi pas mal de concerts. J’aimerais monter une exposition avec mes dessins et à coté je travaille toujours dans ma branche pour pouvoir avoir des rentrées d’argent régulières. Je fais de la traduction, de l’adaption et de la traduction synchronisée pour le doublage. Je travaille à domicile, je suis auteur. Cela me permet de moduler mon temps de travail et me laisse toute la disponibilité que je souhaite pour faire de la musique et du dessin.

Un métier que tu aurais aimé faire ?

Heu… Peut-être un métier du genre garde champêtre (rires) ! C’est un métier que j’imagine complètement à l’opposé de ce que je fais actuellement. Le fait d’être en interaction permanente avec la nature et son calme. Être garde dans un parc national par exemple, un endroit majestueux où l’on peut passer sa vie là haut sans trop se soucier de l’interaction avec les autres.
Je te dis ça car vu de l’extérieur, il y a tout un fantasme autour des musiciens, des artistes, on imagine leur vie vachement souhaitable, ce qui n’est pas forcément le cas.
Il faut juste avoir en tête que c’est beaucoup de contraintes pour faire aboutir un projet créatif et que cela ne se fait pas tout seul.

Moi en l’occurrence, ce disque que je viens d’achever avec son univers visuel, c’est une oeuvre qui m’a pris très longtemps à réaliser. On a fait ça avec une économie assez réduite mais je voulais avoir le résultat le plus professionnel possible, sans aucunes concessions. Tu combines ton travail « classique » pour payer ton loyer avec tes séances d’écriture, de répétitions, d’enregistrement, de dessin… C’est aussi un facteur de stress et de frustration que d’avoir cet espèce de moteur à l’intérieur de moi qui fabrique des images et de la musique et qui me pousse à les réaliser. Alors que si je n’avais pas ça du tout peut être que je serais plus paisible et tranquille dans la vie.

C’est aussi un facteur de stress et de frustration que d’avoir cet espèce de moteur à l’intérieur de moi qui fabrique des images et de la musique et qui me pousse à les réaliser

Un coup de coeur artistique à nous faire découvrir ?

Olivier Marguerit et son projet à venir O. Olivier a joué pendant longtemps dans un groupe qui s’appelait Syd Matters avant d’officier dans pleins d’autres groupes, c’est un musicien très talentueux. Il a également réalisé des disques pour plusieurs personnes et en ce moment il m’accompagne sur le mien à la basse. J’ai de la chance qu’il soit là ! Pour son projet solo, il a déjà sorti deux EP et je pense que l’album va faire parler de lui car c’est vraiment très chouette. C’est un mélange assez improbable de plein de genres musicaux, c’est un réel virtuose.

photo_slider_portrait_1220x812px

Un morceau que tu écoutes en ce moment ?

En ce moment, si je dois écouter une chanson, j’écoute L’espace et le temps de Night Riders, un groupe français. J’avais bloqué sur la voix de la chanteuse et lui avais proposé qu’on fasse un morceau ensemble en français, mais je n’étais pas satisfait de ce que j’avais fait et j’ai laissé tomber l’idée sans la relancer. Malgré tout, je garde en tête de faire un projet avec elle.

Une anecdote à nous raconter ?

Quand j’étais petit, je me suis enfui de la maternelle. Je me revois visuellement au piquet ou plutôt sur le tapis qui servait de piquet dans la salle de classe. Je m’étais fais punir or j’avais conscience que ce n’était pas juste alors j’ai attendu que la maîtresse ai le dos tourné pour quitter la classe, prendre mon cartable et partir. J’habitais dans un tout petit bled, il n’y avait personne dans la rue et j’ai couru avec mon cartable sur le dos vers ma maison. Mon frère était en récréation à l’école primaire juste au dessus, tous les gamins m’ont vu et se sont mis à crier. Je suis quand même arrivé jusqu’à mi-chemin avant que la maîtresse ne me rattrape et me ramène à l’école. Je ne me rappelle pas de la suite mais c’est amusant car je pense que c’est mon premier souvenir, c’était assez fort. Je devais avoir 3 ou 4 ans.

Quelle personnalité nous recommandes-tu de rencontrer pour 10point15 ?

Séverine Bascouert, une sérigraphe qui officie à Pigalle dans le XVIIIème arrondissement de Paris. Elle a un atelier en dessous de chez elle, dans une impasse et son travail est tellement intéressant ! Elle bosse avec des artistes du monde entier, c’est incroyable ce qu’elle fait, c’est un petit atelier mais très haut de gamme. Elle travaille tout à la main, elle fait ses écrans de sérigraphie elle-même à la main, c’est assez hallucinant. Son blaze c’est Superheights.

Pour suivre l’actualité de
Stéphane Milochevitch :