Danseur, vidéaste, directeur artistique et photographe amateur, Tony Faucampré mêle avec talent les multiples facettes de ses activités. De la rue où il aime danser et capter les instants présents, à son studio qui regorge de milliers de curiosités, Tony nous a ouvert les portes de son univers aussi éclectique que singulier. Tony Faucampré, Danseur, Directeur Artistique et Vidéaste à Bordeaux.

Peux-tu nous parler de toi, de tes activités, de ton univers artistique ?

Mon univers et mes activités tournent autour de la musique, la danse, la vidéo, la photo. De la production visuelle à la danse, je m’inspire de tout ce qui m’entoure. J’ai grandi dans une famille où l’artistique est très présent.

Tony Faucampré, Danseur, Directeur Artistique et Vidéaste à Bordeaux.

J’ai découvert la danse assez tardivement, elle est venue à moi par hasard. En 2003, j’ai assisté à une prestation d’une danseuse, la copine d’un pote. J’ai été touché par sa façon de bouger, sa façon de danser. J’ai été littéralement séduit, séduit par son corps en mouvement. Je l’ai trouvé magnifique. C’est ainsi que j’ai commencé, à 17 ans. Autrement dit, l’âge d’or d’un danseur normalement. C’est elle qui m’a montré les premiers pas, et je m’y suis mis. Je me suis beaucoup investi, je m’entraînais énormément. Puis, j’ai voulu me professionaliser et faire une école de danse. Je suis rentré dans la Compagnie Révolution pour une formation de 2 ans alliant les techniques du hip pop aux techniques plus classiques comme le jazz, le classique, le contemporain et le théâtre. C’était deux ans très enrichissants. A la fin de mon cursus, j’ai continué à travailler dans la Compagnie sur des pièces classiques et contemporaines. C’était une belle expérience, mais il me manquait quelque chose. L’adrénaline me manquait. C’est ainsi que je me suis rendu compte que ce qu’il me manquait véritablement, c’était la compétition. Se mettre à poil au milieu de 2000 personnes me stimulait. J’ai alors fondé Animaniaxxx avec Hicham Ajaid, un crew qui nous permettait de nous produire et de participer à des shows. Tout s’est très vite enchaîné avec le groupe. On n’a rien contrôlé. On s’entraînait beaucoup et les gens voulaient nous programmer sur leur évènement. On était considérés comme les extraterrestres du hip pop. Assez incontrôlables, on était sauvages, rock n’roll, ingérables. On vivait des trucs de fou. On voyageait un peu partout, on était entre potes, on rigolait et faisait ce qui nous plaisait. On a vécu des expériences de dingues, rencontré des tas de gens. C’était des supers moments. Et puis avec le temps, à force de travail et de concessions, je me suis construit une carrière solo. J’ai voulu m’accomplir tout seul. La danse est la plus belle chose qui me soit arrivée dans ma vie. J’étais très réservé quand j’ai commencé. Je n’osais même pas m’entraîner devant mes potes. J’étais assez timide. La danse m’a permis de m’émanciper du regard de l’autre, de me libérer de cette sorte de pression sociale. Danser, c’est se mettre à nu sans avoir à en complexer. C’est assez incroyable. Je suis réellement reconnaissant de tout ce qui s’est passé. Et puis, c’est aussi une belle histoire d’amour. Pendant 15 ans, j’ai rencontré beaucoup de gens incroyables qui sont devenus des potes. J’ai vécu des moments magnifiques.

«Les plus belles choses ne s’expliquent pas, elles sont évidentes.»

Et puis, le temps passe, les gens font leur chemin. Tu grandis et tu t’émancipes. Je continue toujours à danser mais avec du recul maintenant. Le milieu de la compétition peut très vite te bouffer et te faire perdre confiance en toi. J’ai souhaité prendre un peu de distance. Et puis, j’avais aussi l’envie d’exister professionnellement autrement que par la danse. Je suis animé par tellement de choses, que je ne voulais pas que la danse soit mon unique activité. J’ai alors essayé de travailler pendant quelques années dans d’autres domaines, dans un service oncologie d’une clinique, dans des boutiques de prêt-à-porter de streetwear. Je travaillais la semaine et le week-end, je dansais à droite et à gauche. Il y avait un fossé énorme et il me manquait toujours quelque chose. L’adrénaline et la créativité me manquaient.

La vidéo est ainsi venu à moi tout seul. Je touchais déjà à une caméra depuis une dizaine d’années, mais cette activité s’est révélée à moi l’été dernier, lors d’un voyage aux États-Unis. J’ai eu l’opportunité dingue de réaliser une vidéo pour le Red Bull BC One de Las Vegas, une des plus grosse compétition de breakdance au monde. C’était quelque chose qui était sous mon nez, mais il me fallait un déclic pour me lancer. C’est comme ça que Winter Film est né en décembre dernier. J’ai monté mon studio de production visuelle. Depuis, j’interviens beaucoup dans l’évènementiel, mais aussi dans la musique. J’ai également envie d’explorer d’autres horizons comme des projets scénarisés. C’est quelque chose qui me tient à coeur, qui est tourné autour de l’esthétisme plutôt que dans la production de masse de vidéos reportages. Je ne me mets aucune limite, aucune contrainte. Je fais ce que j’ai envie et essaye de m’exprimer toujours de façon sincère.

Je suis également très sensible à la photographie. C’est un médium qui m’intéresse beaucoup qui est présent depuis très longtemps.

Tony Faucampré, Danseur, Directeur Artistique et Vidéaste à Bordeaux.

Pour tout ce que je fais, la danse, la vidéo, la photo, j’essaye de me nourrir de tout ce qui m’entoure et construire des projets autour de tout ça. J’aime marcher aux rencontres, au feeling. C’est cool quand les gens s’emparent des instants présents, j’aime être ouvert et laisser la place à l’imprévu.

D’où te vient ton blaze “Go Go” ?

“Go Go” ! Je ne l’ai pas choisi. C’est un peu comme tous les surnoms finalement. Tu ne le choisis pas vraiment, ça vient tout seul. Ce blaze vient d’une rencontre avec un mec, Jérémy, lors d’un street show à Biscarosse. Il m’a demandé comment je m’appelais et m’a dit ensuite qu’il allait m’appeler “Tony Go Go”, en référence à un mec, une légende dans le milieu de la danse hip pop. Tony Gogo est à l’origine du locking, une catégorie dans le hip pop. Je pense que c’est venu comme un clin d’oeil à une discipline que je ne pratique pas. Je suis dans une catégorie de danse hip pop qui se nomme l’abstract.

Tony Faucampré, Danseur, Directeur Artistique et Vidéaste à Bordeaux.
Tony Faucampré, Danseur, Directeur Artistique et Vidéaste à Bordeaux.

Quelles sont tes inspirations artistiques ?

Je suis incapable de te donner un nom, plutôt qu’un autre. La seule chose qui m’inspire au quotidien c’est la musique. Depuis que je suis gamin, j’écoute beaucoup de musique. Il y a toujours eu énormément de musique dans mon enfance. Elle fait partie de ma vie, de mes origines. Mon père a une grosse sensibilité à la musique notamment. C’est ce qu’il m’a transmis. La musique est pour moi, un film sans image. Mon envie au quotidien est de mettre des images sur ce que j’entends. Toute idée part d’une musique, dans tout, la danse, la vidéo. La musique est le point de départ de tout ce que j’entreprends. La musique peut être tellement puissante, elle me transcende.

Ce qui m’inspire également, c’est la femme qui partage ma vie. Elle me touche et me comble de bonheur au quotidien.

Tony Faucampré, Danseur, Directeur Artistique et Vidéaste à Bordeaux.

Sur quels projets travailles-tu en ce moment ?

Je sors d’une phase de production vidéo assez importante. J’ai eu la chance de réaliser une vidéo pour le Nothing2Looz, le rendez-vous mondial des danses hip pop parrainé par Red Bull. La dernière édition s’est déroulée à Toulouse et réunissait toutes les disciplines du hip pop autour d’une compétition haut niveau par équipe. C’était une belle opportunité. J’ai également réalisé une petite vidéo pour la Convention de tatouage de Bordeaux en avril dernier. Les projets arrivent au fil des rencontres, des opportunités.

Je me retrouve aujourd’hui à travailler avec d’autres collaborateurs comme Thibaut Seris, un photographe talentueux, qui m’assiste dans les productions de Winter Film. Les choses évoluent très rapidement et ça me plaît. En juin avec le collectif Animaniaxxx, on organise un battle de break lors du Festival Chahuts qui se déroulera à Bordeaux dans le quartier Saint Michel. Un battle qui regroupera des équipes internationales autour d’une compétition par équipe de trois contre trois. Ça va être un beau moment.

Tony Faucampré, Danseur, Directeur Artistique et Vidéaste à Bordeaux.
Tony Faucampré, Danseur, Directeur Artistique et Vidéaste à Bordeaux.

Sinon, je peux te dire qu’il y a de beaux projets à venir. Des choses auxquelles je n’aurais même pas pensé, mais qui sont en train de se mettre en place. Je ne pourrai pas t’en dire plus, je n’aime pas trop parler des projets qui ne sont pas encore passés. Je ne suis pas superstitieux (rires), mais j’ai tendance à penser que les choses peuvent être influencées si on en parle avant.

Un métier que tu aurais aimé faire ?

C’est difficile pour moi de répondre à ta question. J’ai toujours été dans la démarche de faire ce dont j’ai envie. Actuellement, je fais ce que je veux, ce que j’aime. Demain, je ne sais pas de quoi la vie sera faite, peut-être que j’aurai envie de faire autre chose. Pour le moment, je suis pleinement satisfait de ce que je fais. Je suis reconnaissant de cette chance de pouvoir faire ce que j’ai envie au quotidien.

Tony Faucampré, Danseur, Directeur Artistique et Vidéaste à Bordeaux.
Tony Faucampré, Danseur, Directeur Artistique et Vidéaste à Bordeaux.
Tony Faucampré, Danseur, Directeur Artistique et Vidéaste à Bordeaux.

Un coup de coeur artistique à nous faire découvrir ?

J’ai beaucoup de coups de coeur (rires)… Mais si je dois en choisir un, ça va être compliqué ! Je vais donc te parler de deux potes de Bordeaux… Dorian and The Dawn Riders, un musicien, son projet est vraiment beau. Ce qui me plaît, c’est le coeur qu’il met dans ce qu’il fait. Il est animé par sa musique, il est juste. C’est vraiment beau et j’aime ce qu’il fait, sa musique me touche. Et il y a Thibaut Seris, le mec qui m’assiste sur certains projets du studio. Thibaut est un photographe de génie. Il est d’une grande simplicité et fait vivre les choses, les moments.

Tony Faucampré, Danseur, Directeur Artistique et Vidéaste à Bordeaux.
Tony Faucampré, Danseur, Directeur Artistique et Vidéaste à Bordeaux.

Un morceau que tu écoutes en ce moment ?

The Gun Club et leur titre Idiot Waltz. C’est un morceau qui me correspond bien en ce moment. Mais il y a une musique que j’écoute une fois par jour depuis de nombreuses années. Je ne peux pas m’en passer tellement c’est profond… il s’agit du morceau Gnossienne No. 1 du compositeur Eric Satie.

 

Une anecdote à nous raconter ?

J’en ai des milliers d’anecdotes! Mais si je dois en choisir une, je vais te raconter l’histoire, assez personnelle, du tatouage qui se trouve sur le haut de mon bras droit. Ce tatouage représente une femme qui a les yeux bandés et il y a la phrase “Les mensonges de Rachel” qui est y est associée. Rachel est ma grand-tante, la soeur de ma grand-mère. Elle était diseuse de bonnes aventures dans les années 40. Un jour ma grand-mère est allée voir Rachel pour lui demander pourquoi tout ce qu’elle prédisait se passait réellement. Elle lui a répondu, qu’en réalité, elle racontait des conneries. Il faut savoir que pendant la guerre, il y a eu un génocide des gens du voyage. Ma tante était considérée comme une folle et les gens l’avaient surnommé “la fille du diable”. Elle a été arrêtée et enfermée. J’ai voulu rendre hommage à cette femme que je n’ai pas connu, mais aussi aux gitanes qui étaient considérées comme des sorcières à une certaine époque et qu’on jetait au feu les yeux bandés.

Tony Faucampré, Danseur, Directeur Artistique et Vidéaste à Bordeaux.

Une passion particulière ?

Mon père… Les plus belles choses ne s’expliquent pas, elles sont évidentes. Mon père en fait partie. Ça ne s’explique pas !

Quelle personne nous recommandes-tu de rencontrer pour 10point15 ?

Des mecs avec qui j’ai déjà bossé il y a quelque temps. Un groupe bordelais, John and the Volta. Les gars n’ont pas la notion de leur force. Ils sont très bons en plus d’être très cool. Ils ont une sensibilité étonnante, mélangée à une énergie débordante. Ils sont humbles, simples et leur musique est absolument géniale. Ils me touchent énormément.

Tony Faucampré, Danseur, Directeur Artistique et Vidéaste à Bordeaux.

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