Jeanne Boulart et Pierre Lafitte sont membres fondateurs du collectif Moï Moï et co-directeurs du festival Baleapop. Duo de choc à la vie comme au travail, ils nous ont d’abord reçus dans leurs bureaux situés face à la mer à Saint-Jean-de Luz, et c’est ensuite dans leur charmant appartement retapé par Pierre et décoré par Jeanne qu’ils nous ont parlé de leur collectif qui fête cette année ses 10 ans, et de leur festival, le tout de manière enjouée et festive, à leur image. Jeanne Boulart & Pierre Lafitte, Directeur Artistique à Saint-Jean-de-Luz.

Pouvez-vous nous parler du collectif Moï Moï et de Baleapop ?

Au départ, nous étions une dizaine de potes et nous organisions pas mal de soirées. Chacun avec des savoirs faire différents (musiciens, artistes d’art contemporain, médiateurs…), de fil en aiguille et assez naturellement, nous avons créé le collectif Moï Moï avec l’idée de monter un festival. En effet, le format «festival» est assez incroyable, c’est un vrai voyage, et une réelle expérience humaine qui permet de réunir plusieurs médiums artistiques.

Nous étions assez frustrés que le coin où nous habitions (le Pays Basque), ne propose pas beaucoup d’offres culturelles, du moins dans la culture «indé». Nous avons donc commencé par organiser des petites soirées au gaztetxe (maison des jeunes) et des petites expositions, et nous essayions systématiquement de réunir tous les médiums des membres du collectif en mêlant musique et arts plastiques.

 
Jeanne Boulart & Pierre Lafitte, Directeur Artistique à Saint-Jean-de-Luz.
Jeanne Boulart & Pierre Lafitte, Directeur Artistique à Saint-Jean-de-Luz.

Presque dès la première soirée, la famille et d’autres potes sont venus nous filer un coup de main, et très vite, d’une dizaine, nous sommes passés à une trentaine.

C’est au bout de 4 ans qu’avec Moï Moï, nous avons créé notre premier festival Baleapop qui est d’ailleurs un peu notre terrain de jeux, qui nous permet de tester de nouvelles choses, et finalement de nous épanouir. Depuis 2 ans, nous essayons de faire exister l’association en dehors de Baleapop, par exemple en développant le label, ou en organisant des expositions ou autres événements plus petits que le festival. Nous essayons aujourd’hui d’avoir un rôle d’acteur culturel à l’année.

Aussi, sans que cela soit non-plus un acte militant mais parce que nous sommes tous basques dans le collectif, nous tentons de défendre un peu cette culture en utilisant, par exemple, la langue basque sur nos outils de communication et notre signalétique.

 
Jeanne Boulart & Pierre Lafitte, Directeur Artistique à Saint-Jean-de-Luz.
Jeanne Boulart & Pierre Lafitte, Directeur Artistique à Saint-Jean-de-Luz.

D’où vient le choix des noms «Baleapop» et «Moï Moï» ?

La même année où nous avons décidé de créer Baleapop, nous avons rencontré une association de Sare qui avait cette même envie de créer un événement singulier, dans une veine artistique pointue et populaire en même temps. Comme nous fonctionnons à l’énergie et aux rencontres, nous avons tout de suite pensé que ces deux événements devaient être connectés. Ce festival s’appelle le Usopop, et «Uso» veut dire «la palombe» en basque, ce qui représente la montagne et le côté intérieur du Pays Basque. Nous avons pris le contre-pied en utilisant le mot «Balea» qui signifie «baleine» et représente la côte océane du Pays Basque. Baleapop ne veut donc pas dire «bal populaire» comme certains peuvent le penser (rires), bien que le festival soit un néo-bal populaire. En effet, le gros challenge du festival est d’offrir un contenu pointu tout en étant hyper accessible.

«Nous fonctionnons à l’énergie et aux rencontres»

Quant à Moï Moï, en finnois, cela veut dire «Bonjour au revoir» et symbolise l’idée que des gens n’arrivent pas vraiment à se quitter, comme nous. Aujourd’hui, cela fait 10 ans que le collectif existe, c’est la 6ème édition de Baleapop et la «famille» Moï Moï n’a pas bougé, si ce n’est qu’elle s’est agrandie avec le temps, comme avec les Twice qui s’occupent de la charte graphique du festival, et qui sont devenues «les cousines de Paris» ! (rires)

 
Jeanne Boulart & Pierre Lafitte, Directeur Artistique à Saint-Jean-de-Luz.
Jeanne Boulart & Pierre Lafitte, Directeur Artistique à Saint-Jean-de-Luz.

D’où vous vient cette passion pour l’événementiel ?

Nous sommes tous potes depuis que nous avons 14 ans, nous le sommes toujours, et avons toujours voulu créer des choses ensemble, en famille. Mais le gros déclic s’est fait suite au festival de Benicàssim, car c’est le premier festival que nous avons fait tous ensemble. Cela a été un moment très fort, et cela nous a donné l’envie de faire la même chose : rendre les gens heureux. Car lorsque l’on crée un festival, le challenge c’est ça, c’est donner du bonheur !

Jeanne Boulart & Pierre Lafitte, Directeur Artistique à Saint-Jean-de-Luz.

Jeanne : Bon, et puis petite, j’organisais déjà plein de spectacles, de fêtes… (rires)Pierre : Il y a peut-être aussi le label Border Community qui nous a rassemblés, car nous n’étions pas beaucoup dans le coin à aimer ce style de musique et en particulier ce label, et ça a vite créé des liens.

Avez-vous des influences dans vos choix d’artistes ou de format de festival ?

Nous sommes évidemment toujours un peu influencés par les festivals que nous avons faits, mais finalement, nous ne construisons pas Baleapop comme ça.

Chaque année, à la fin du festival, nous faisons un bilan de ce qui a plu, ce qui a fonctionné ou pas, le pourquoi, et comment l’améliorer. Par exemple, l’année dernière, nous avons essayé de mettre en place une action pour apprendre à nos festivaliers à parler la langue basque, le tout sous forme de jeux. Cela n’a pas vraiment fonctionné, mais malgré tout, les retours sont positifs; nous allons donc continuer à creuser cette idée.

 
Jeanne Boulart & Pierre Lafitte, Directeur Artistique à Saint-Jean-de-Luz.

Le festival se construit sur nos ressentis, nos envies. Nous n’essayons pas de rentrer dans une tendance, une mode, nous nous en fichons complètement.

Mais il y a évidemment des festivals que nous aimons comme la Villette Sonique dont la programmation est magnifique ou les Nuits Sonores à Lyon qui, bien que cela soit un très gros événement, a été créé par des gens passionnés, comme nous. Par contre, nous ne nous voyons pas du tout devenir aussi gros; nous voulons rester à échelle humaine. Baleapop est peut-être d’ailleurs le seul festival à ne pas vouloir trop de monde (rires). Nous désirons rester libres, ne pas nous sentir pressés et dépendre de subventions, de partenaires.

Il y a aussi La Nuit Curieuse organisée par la Ferme Buisson qui organise l’ensemble du festival de manière interactive autour d’un thème qui change chaque année, ou le festival Teriaki qui utilise des lieux décalés tels qu’un hôpital ou un parking souterrain, et en change à chaque édition.

  Jeanne Boulart & Pierre Lafitte, Directeur Artistique à Saint-Jean-de-Luz.
«Tenter de nouvelles idées et élever la curiosité»

Avec Baleapop, nous aimons pousser la réflexion, et maintenant que le festival a acquis une certaine popularité, nous pouvons tenter de nouvelles idées et élever la curiosité. En effet, bien que notre contenu soit parfois pointu, les gens nous suivent. Notre public est extraordinaire pour ça.

Nous aimons le côté «grosse scène» et avoir en parallèle des concerts beaucoup plus intimistes. Cela permet aussi de créer un cadre afin que les gens accèdent à de nouvelles expériences musicales et artistiques. Il y a également le challenge d’amener le public de la musique vers l’art contemporain, et jusqu’à maintenant, cela fonctionne plutôt bien.

 
Jeanne Boulart & Pierre Lafitte, Directeur Artistique à Saint-Jean-de-Luz.
Jeanne Boulart & Pierre Lafitte, Directeur Artistique à Saint-Jean-de-Luz.

Sur quels projets autres que Baleapop travaillez-vous en ce moment ?

Pierre et moi avons une agence de direction artistique qui s’appelle Nabie Production, avec Nabie Dit Oui qui a un créneau tourné vers le mariage, et nous avons monté le festival Andy, le premier festival du mariage en France. Et oui, encore un festival ! (rires)

Nous avons également créé Wake Up Donibane, un petit événement qui, le temps d’une journée ou deux, dans un parc à Saint-Jean-de-Luz, propose de la musique, un art market et des ateliers “DIY”. L’ambiance y est très «life style» et encore une fois populaire. Notre but est d’amener un peu de culture dans la vie quotidienne.

«Notre but est d’amener un peu de culture dans la vie quotidienne»

En ce qui concerne notre collectif, il y a notre label Moï Moï Records qui prévoit 3 sorties pour la rentrée : Panda Valium, Nahia x Matthys et Radiator.

Il y a également Boom Tchack qui fait des ateliers de musique électronique pour les enfants.

 
Jeanne Boulart & Pierre Lafitte, Directeur Artistique à Saint-Jean-de-Luz.

Un artiste coup de cœur à nous faire découvrir ?

Jeanne : Aurélien Cornut-Gentille et Paul Le Bras. J’adore ce qu’ils font ! Ce sont des artistes d’art contemporain, c’est eux qui ont fait la scénographie de Baleapop l’année dernière, et cette année, ils y présentent une œuvre.

Pierre : J’ai découvert mon dernier coup de cœur aux Nuits Sonores de cette année. Il s’appelle Batida, et c’est un artiste portugais qui à travers son spectacle, te raconte une histoire en mélangeant musique angolaise, danse, Dj et projection vidéo. Ce n’est pas forcément ce que je préfère musicalement, mais je trouve sa démarche géniale.

Un morceau que vous écoutez en ce moment ?

Jeanne : Il y a le dernier track de Panda Valium (qui va sortir à la rentrée) que j’ai écouté toute la journée.Pierre : Tout l’album de Geena du label Antinote

 

Une anecdote à nous raconter ?

Pierre : Chaque année, en tant que président et programmateur de Baleapop, je récupère un peu toutes les ondes négatives du festival (…)Jeanne : Parce qu’il le veut bien ! 

Pierre : (…) et il m’arrive toujours cinquante milles merdes. Et une année en particulier, il y a 3 ans, j’ai bu de l’essence en pensant que c’était de l’eau, j’ai perdu les clés d’une caravane où étaient rangées des œuvres artistiques, j’ai cassé une voiture, je me suis cassé un orteil en prenant une télé sur le pied, j’ai crevé un pneu de la voiture d’un pote qui devait partir en tournée le lendemain, et le tout dans la même soirée ! C’était vraiment un truc de psychopathe (rires) !Depuis, ça va un peu mieux…

 
Jeanne Boulart & Pierre Lafitte, Directeur Artistique à Saint-Jean-de-Luz.

Avez-vous une passion particulière ?

Jeanne : La cuisine! La bouffe est une vraie passion pour moi!

Pierre : Je dois l’avouer, le sport. Je ne suis plus trop sportif, mais ayant baigné dans une culture sportive, j’adore lire l’Equipe, So Foot… tout ce qui touche au sport. Sinon, effectivement, la bouffe. Moi, je cuisine et Jeanne mange (rires). On adore organiser de gros dîners.

Quelle personnalité nous recommandez-vous de rencontrer pour 10point15 ?

Nos graphistes adorées, nos cousines chéries, les Twice qui sont deux filles incroyables! Elles sont très douées et humainement, ce sont des crèmes. Nous les avons rencontrées par des amis communs, et depuis, elles sont devenues de très bonnes amies. Vous pouvez y aller les yeux fermés.

Jeanne Boulart & Pierre Lafitte, Directeur Artistique à Saint-Jean-de-Luz.

Font partie du collectif Moï Moï :

Musiciens : Odei / Polygorn / Matthys / Panda Valium / Van off Martt / Elorn /Nahia x Matthys / Radiator / Sanpantzar / Sharky / Vanda Palium / Hanging / Lloba

Artistes plasticiens : Manon Boulart / Benjamin Artola / Ginettes carton

Producteurs – Créateurs : Pierre / Jeanne / Arthur / Victoire / Cécile / Audrey / Anne-Lise / Clémentine / Fanny / Teddy / Baptiste / Marina / Idoia / Sébastien / Aboo / Camille / Marie / Hugo / Jeremy / Gorka / Lionel / Ainhoa / Joanes / Emma / Mario / Yann / Victor / Brian / Anna…

 

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