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François Le Blond nous reçoit dans son laboratoire du quartier créatif de Kreuzberg à Berlin. Développeur de techniques hybrides, il place au cœur de son travail la collaboration entre l’artiste photographe et l’artisan tireur, un peu oubliée depuis l’avènement du numérique et des services d’impression en ligne. Rencontre avec un explorateur d’images.

Peux-tu nous parler de toi et de ton activité en quelques mots ?


Je couche des photos sur le papier pour des artistes. Je cherche à retranscrire au mieux les intentions d’un photographe. Je conseille, propose, retouche des photos en collaboration avec les photographes pour arriver à un tirage qui mette en valeur l’atmosphère ou l’intention voulue. Parfois, les gens arrivent avec une idée très précise. Parfois, les projets sont encore en cours et j’apporte un œil nouveau et accompagne les décisions esthétiques.

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J’ai monté ma propre structure pour pouvoir offrir le temps et les conditions les plus confortables possibles à chaque projet. J’ai aussi développé des techniques de tirages hybrides numériques et argentiques qui sont très appréciées. Je fais par exemple des tirages argentiques à partir de négatifs créés et manipulés avec des outils numériques. Cela permet de produire des images qui seraient très compliquées voire impossibles à faire de manière traditionnelle.

D’où te vient cette passion pour ton activité ?


“La fascination pour le moment où l’image apparaît sur le papier dans le révélateur ne m’a jamais quitté.”

J’ai une formation technique dans l’image pour la télévision, les films. En parallèle, j’ai toujours tiré mes propres photos en chambre noire. La fascination pour le moment où l’image apparaît sur le papier dans le révélateur ne m’a jamais quitté.

Il y a quatre ans, j’ai fait une pause professionnelle pour suivre mon amie en Allemagne. Pendant six mois, je me suis beaucoup consacré à la photographie. L’idée de monter mon labo me trottait déjà dans la tête et l’énergie créative de Berlin m’a amené à réaliser le labo Moon Prints. Je ne suis en fait jamais revenu de cette pause.

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Quelle est la personne qui t’a le plus marquée, influencée professionnellement ?

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Je pense être plus influencé par des photographes que par des professionnels de mon métier. Par exemple, je travaille régulièrement avec Michael Ackermann. Sa manière d’envisager une image est totalement libre et il n’est dans aucun dogme technique. Il pense parfois ses images en termes de vibrations. Il peut donner aussi des références musicales plutôt que photographiques pour exprimer ce qu’il cherche à atteindre. Il est intransigeant et ne s’arrêtera pas avant d’être totalement satisfait. Ce genre de collaboration est vraiment passionnant pour moi, surtout quand le résultat est au rendez-vous.

Quelles sont tes inspirations artistiques ?


J’aime beaucoup le travail de Raymond Depardon. Ses photos noir et blanc denses et lumineuses sont gravées dans un coin de ma tête. Il a photographié tellement de choses, notamment en Afrique… Je revois toujours ses photos de déserts avec plaisir. C’est aussi un cinéaste formidable.

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Sur quels projets travailles-tu en ce moment ?

Je travaille en ce moment sur des tirages grand format en couleur et en haute résolution. Ils représentent une carte de Berlin générée à partir des données de trajets de cyclistes. Les images sont presque abstraites et ont une valeur particulière car elles sont comme dessinées par ces milliers d’utilisateurs de Bike Citizens, une application de navigation pour cyclistes. Un des tirages sera prochainement présenté à la galerie d’art contemporain Bernheimer à Berlin.

Sinon aujourd’hui, je réalise un tirage baryté d’une superbe photo de Patricia Escriche. Le rendu des tirages sur du papier baryté traditionnel est toujours très apprécié des photographes.

Un métier que tu aurais aimé faire ?

“Réaliser des pièces uniques, être dans le calme de son atelier…”

Je m’étais intéressé à la lutherie, j’aimais le côté artisanal de cette profession. Réaliser des pièces uniques, être dans le calme de son atelier… Je fais finalement un métier assez proche de ce point de vue : le papier à la place du bois.

Un artiste à nous faire découvrir ?


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Je suis depuis un moment le travail d’une photographe géorgienne : Dina Oganova. Elle photographie la Géorgie avec beaucoup de talent, dans un style à la fois documentaire et intime, c’est très beau.

Un morceau que tu écoutes en ce moment ?

Paco de Lucia, Malaguena Salerosa. En fait tout l’album “Dos Guitarras Flamencas En America Latina”: la guitare flamenco qui explore le répertoire d’Amérique latine. La musique a des couleurs particulières, passant de mélancoliques à enjouées. L’enregistrement n’est pas très propre, il date un peu mais ça participe à l’atmosphère singulière du disque.

Une anecdote à nous raconter ?


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Il y a quelques temps, le photographe Damien Daufresne est passé me voir au labo. Son regard s’est arrêté sur une machine de fabrication maison, qui me servait à numériser des négatifs. Il m’a demandé si ce dispositif serait adaptable pour numériser du film super 8. Après quelques modifications de l’appareil, nous avons pu tester le développement de tirages argentiques à partir de ces minuscules bouts de films. Damien a pu à partir de ce moment envisager un projet jusqu’alors inenvisageable et s’est ouvert de nouvelles perspectives d’exposition. Les tirages sont exposés en ce moment à Paris à la Galerie Guigon.

Quelle personnalité nous recommanderais-tu de rencontrer pour 10point15 ?

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Gilles Roudière est un photographe français installé à Berlin. Il développe un univers très particulier, sombre et mystérieux, traversé par des halos de lumière. Il participe notamment à Temps zéro, un projet transdisciplinaire, mêlant musique improvisée et projection de photographies.

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