En plein cœur du 18ème arrondissement de Paris, nous avons passé l’après-midi dans l’univers de Clotilde Floret, chanteuse du groupe We are Enfant Terrible, au milieu de chaussures, de vinyles et d’ananas géants. Nous avons vagabondé dans son quartier et ses références, de Sailor Moon à Billy Paul, en passant par David Bowie ou Les Visiteurs. Une pop interview qui souffle frais sur cet été.

Peux-tu nous parler de toi et de ton activité, de ton univers en quelques mots ?

J’ai plusieurs activités, assez différentes. Je suis chanteuse dans un groupe d’electro-pop, avec deux musiciens, qui s’appelle We are Enfant Terrible. C’est une formation avec batterie et guitare plutôt rock à la base, même si on mélange avec des sons de basses qu’on appelle 8-bits, des sons qui viennent de consoles de jeux. On a pas mal évolué depuis plusieurs années que notre groupe existe, avec plusieurs centaines de concerts et deux albums.

Je suis également DJ, en solo ou dans le duo Alex&Annie, plutôt disco pop, avec Charlotte Decroix. C’est vraiment la musique que j’aime à la base, la musique pop au sens de populaire, que les gens ont envie d’écouter, sur laquelle ils ont envie de danser.

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J’aime aussi beaucoup écrire, comme les paroles pour le groupe. J’écris aussi pour des marques de mode, notamment pour What For, une marque de chaussures avec des chroniques pour leur blog qui parle de chaussures évidemment et aussi de sujets artistiques et culturels.

D’où te vient cette passion pour la musique ?

“Il y a des gens qui font du sport parce que ça leur permet de se libérer, ça leur fait du bien, la musique je l’envisage comme ça.”

J’ai toujours fréquenté des gens qui faisaient de la musique. J’ai essayé beaucoup d’instruments depuis très jeune, des leçons de piano au saxophone, mais sans avoir une réelle passion pour l’un d’entre eux. Ça me fascinait de voir des gens composer. Moi j’écrivais beaucoup de choses sans penser que ça pourrait servir. Un jour je les ai fait lire à Thomas, le guitariste du groupe, qui m’a dit que ce serait sympa de faire des paroles. J’ai chantonné dessus et puis finalement ça a pris l’aspect d’une chanson. Donc la passion est née en faisant, en découvrant tout à coup la possibilité de créer quelque chose.

J’ai toujours aimé écouter de la musique, d’où le coté DJ. J’aime bien faire danser les gens, trouver ce qui va leur plaire, je trouve que c’est un vrai challenge. Je n’aime pas spécialement l’exercice du studio, rester enfermée pendant des heures à créer des choses. Il n’y a pas que la composition ! Le visuel m’intéresse beaucoup, d’où l’idée de faire du live ou de trouver des tenues particulières, des couleurs, des clips. J’aime travailler le côté personnage, la mise en scène sans aller jusqu’à la transformation genre Sailor Moon, baguette magique, je me transforme en chanteuse.

Il y a des gens qui font du sport parce que ça leur permet de se libérer, ça leur fait du bien, la musique je l’envisage comme ça. Je ne fais pas de sport mais je fais de l’art en me disant que ça me permet de me vider le cerveau et de le remplir avec d’autres choses. Je n’arrive jamais à dire que je suis chanteuse parce que je chante comme une patate (rires). Ça me fait même bizarre au bout de cinq ans où j’entends mes disques, je me dis « merde c’est moi dessus ! ». C’est d’ailleurs ce qui a fait la fraîcheur de notre musique je pense. Il y a une sorte de nonchalance en fait.

D’où vient le pseudonyme de ton groupe ?

Dans un de mes premiers textes, il y avait écrit « enfant terrible ». J’aimais bien parce qu’en anglais ça se dit de la même manière. On voulait créer le nom mais il existait déjà. J’ai rajouté “We are” juste pour le Myspace. On s’est dit que le mélange de français et anglais marchait bien, le côté on crée tous les trois un personnage hybride, parce que c’est vraiment ça, l’addition de trois personnalités.

Enfant terrible, ça nous correspond : Cyril, le batteur, c’est un fou complet, c’est la personne la plus dingue que j’aie jamais vue, même physiquement, sur scène, il fait des cascades, je me dis mais comment va finir ce mec ? Thomas est plus réservé mais le plus passionné de musique, genre un peu savant fou, trouver le son parfait. Lui, sa vie c’est la scène, la compo. C’est trois personnalités qui marchent ensemble, si ça n’avait pas été avec ces gars-là, je pense que je n’aurais jamais fait de groupe.

Quelle est la personne qui t’a le plus marquée, influencée professionnellement ?

C’est vraiment par les rencontres que je suis arrivée à la musique, un peu comme « j’ai vu de la lumière, je suis rentrée ». Je connais Thomas, le guitariste du groupe depuis qu’on est adolescents. C’est un autodidacte qui était fan des Rolling Stones, qui a appris la guitare en écoutant des disques et en se disant un jour je serai une star du rock. Il a composé et faisait partie de groupes que j’ai toujours suivis. En arrivant à Paris, mon travail consistait à chercher de la musique pour illustrer des publicités ou des films. J’ai travaillé avec Thomas, en lui demandant de composer des musiques qui parfois n’étaient pas choisies par les clients, alors que je les trouvais chouettes. Un jour je me suis dit « tiens j’écris des textes depuis longtemps, donc essayons de faire un truc dessus, ça pourrait être pas mal ! ».


Donc c’est vraiment la rencontre avec Thomas et ensuite avec Cyril, le batteur, qui a fait ce groupe. Sinon je pense que je n’aurais jamais chanté. Le mouvement 8-bits, je ne connaissais pas du tout. Je jouais un peu comme les enfants du même âge à la NES et à la console Nintendo. J’adore ça mais je n’aurais pas pensé à l’utiliser dans des compositions et c’est ce qui a fait au départ l’originalité de notre musique. On a commencé dans le 8-bits comme quelques mouvements en 2009-2010, dont le groupe Crystal Castles. Puis, on a évolué parce c’est une musique qui peut être vite rébarbative.

Mon frère écoutait beaucoup de musiques, il m’a emmenée assez jeune dans des gros festivals comme « I love techno » en Belgique, où il y avait les Daft Punk, Green Velvet, Laurent Garnier. C’était un peu le commencement des DJs super stars et je trouvais ça génial. Je me souviens avoir eu beaucoup de débats à l’époque, parce que les gens trouvaient que les DJs ne sont pas des musiciens puisqu’ils passent la musique des autres. Effectivement ils ne composent pas, mais moi je me suis toujours dit que c’est encore plus fort de réussir à créer sa propre musique en mélangeant des musiques faites par d’autres. Je trouve que l’exercice est génial donc j’ai été influencée par ces DJs mais je ne suis pas du tout dans le fanatisme. Personne ne m’a guidée, je ne me suis jamais dit « waouh je vais faire un jour comme lui ou comme elle ». Mais il y a plein d’influences différentes.

Quelles sont tes inspirations artistiques ?

Beaucoup de personnes… Bowie, pas spécialement dans la musique mais pour le personnage, le côté caméléon. Il a compris depuis très longtemps que la musique n’est pas que de la musique, il y a tout un visuel. Des créateurs de mode comme Yves Saint Laurent ou pas spécialement connus même. C’est plutôt des personnages qui m’attirent vraiment : Nina Hagen, Keith Haring, des graphistes… Ça évolue selon les moments. Là j’écoute plein de vieille disco, je redécouvre Billy Paul ou des gens comme PillowTalk, un duo qui remixe des vieux tubes de disco. Récemment un artiste que j’adore, c’est Shamir, un américain je crois, qui fait un mélange d’électro avec un côté Rythm’n Blues, hyper cool.

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Sur quels projets travailles-tu en ce moment ?

Avec le groupe, on prépare un nouveau live à partir de septembre. Ça fait six ans qu’on tourne, on a fait deux albums, on a fait plein de choses différentes, beaucoup de concerts et on a toujours gardé la même formation, avec batterie et guitare. Là on a envie de passer à de nouveaux instruments peut-être quelque chose de plus électronique, un mélange entre le DJ et le live.
Pour les DJ set avec Alex&Annie, c’est plutôt ponctuel mais on a envie de sortir une deuxième compile.

Après je continue ce que j’écris pour le blog What For. Le but est de faire de nouvelles choses !

Un métier que tu aurais aimé faire ?

“Moi je me laisse toujours la liberté d’essayer, je n’ai pas peur de me planter.”

J’ai fait un master de droit public car je voulais vraiment faire un métier juridique, juge ou avocat sauf que finalement j’ai un peu dévié. C’était un peu trop rigoureux… C’est là que je me suis posée la question « est-ce que je vais faire ça toute ma vie ? ». Et je me suis dit non. J’ai travaillé au départ comme juriste et je suis partie plutôt dans la communication. Ensuite je me suis tournée vers quelque chose d’artistique, ce que j’avais envie de faire depuis longtemps.
Comme je n’avais pas de prédispositions naturelles, que je n’étais pas très douée dans un art ou un autre, j’ai attendu de trouver un moyen d’expression et finalement c’est venu par la musique, c’était plutôt chouette.

Tout est un hasard total ! Moi je me laisse toujours la liberté d’essayer, je n’ai pas peur de me planter. Et du coup tu te permets de trouver des passions ou des choses qui peuvent finalement se transformer en métier, c’est une question de rencontres et de moments importants.

Une anecdote à nous raconter ?

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Au départ on a mis quelques chansons avec le groupe sur Myspace. On a reçu un mail qui disait « Bonjour je suis la manageuse de Peaches, j’ai écouté ce que vous avez fait, c’est super est ce que vous voulez faire sa première partie à Paris? », on a pensé que c’était sûrement une connerie mais on a répondu. C’est vraiment comme ça qu’on a fait notre premier concert au Showcase. Elle ne savait pas du tout qu’on n’était jamais montés sur scène mais on s’est dit de toute façon autant le faire. C’était mieux que rien, on l’a tenté et au final il y avait plein de monde ce jour-là et on a été repérés. Elle est devenue notre manageuse pendant 2 ans et demi. C’est un truc de fou, une rencontre, un hasard.

Un morceau que tu écoutes en ce moment ?

Bring the family Back de Billy Paul, c’est un vieux morceau, des années 70 je pense. Je n’arrête pas de l’écouter en ce moment parce que c’est une petite mélodie qui reste en tête et que j’ai une passion disco. J’ai envie de danser sur ça et puis c’ est l’été !

Quelle personnalité nous recommandes-tu de rencontrer pour 10point15 ?

Une graphiste qui s’appelle Die Frau. Elle avait fait notre première pochette et a fait notre dernier clip de « La Femme aux Faux cils ». Son travail est hyper intéressant, elle a commencé dans le milieu du disque, à l’époque où on vendait encore des disques ! Elle a fait la pochette du single “C’est Okay !” des Visiteurs, le truc avec une pizza dégueulasse multicolore dessus. Ça te rappelle l’époque où tu allais au supermarché acheter des singles que tu passais en boucle. Elle a fait plein de trucs, des pochettes de disque de Johnny Halliday à We are Enfant Terrible, l’aiguille est large. Ce qui est fort avec Die Frau c’est qu’elle arrive avec un univers, elle voit les gens comme des personnages, j’aime bien sa façon de les galvaniser pour qu’ils donnent un vrai truc à l’écran, elle a cette vision-là.

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