Montpelliéraine montée à Paris pour travailler dans le spectacle, nous avons rencontré Marine en deux temps : une première fois en « civile » dans un quartier de Paris qu’elle affectionne pour l’interview, puis en bleu de travail sur le plateau du Carreau du Temple pour la séance photos. Plus habituée aux coulisses qu’au devant de la scène, elle s’est prêtée au jeu avec une grande générosité et beaucoup de sincérité.

Peux-tu nous parler de toi et de tes activités?

J’évolue dans le milieu du spectacle depuis que je suis montée à Paris de Montpellier il y a 4 ans. J’ai commencé par de l’accueil de compagnies dans les théâtres. C’est au festival Onze Bouge, qu’organise la Mairie du 11ème arrondissement au mois de juin, que j’ai fait ma première régie. Depuis un an, je prends des responsabilités et me consacre uniquement à cette activité et à la création lumières. Je veux me positionner de plus en plus du côté de l’artistique. Ce que tous les techniciens ne font pas. J’ai fait d’ailleurs ma première création lumières en septembre pour la pièce La surprise de l’amour de Marivaux montée par la jeune metteuse en scène Mathilde CARREAU du collectif NOSE. Je travaille donc surtout pour le théâtre et la danse. Mais j’aime également beaucoup faire la régie pour des concerts. C’est carrément un autre monde.

“Je passe beaucoup d’un monde à l’autre. L’intermittence me convient car je n’aime pas être fixe.”

Je fais aussi des boulots alimentaires comme de la régie sur des défilés de mode. Tu es plus un simple ouvrier sur les régies événementielles, mais tu apprends des techniques différentes et c’est mieux payé… Les milieux de la régie sont variés : télévision, cinéma, « presta » c’est-à-dire l’événementiel, concerts, théâtre et danse. Ce sont des univers différents avec des personnalités très diverses. Je passe beaucoup d’un monde à l’autre. L’intermittence me convient car je n’aime pas être fixe.

C’est un métier qui évolue aussi sans cesse. Avec les nouvelles technologies, la vidéo qui remplace de plus en plus la lumière, il y a toujours possibilité de se développer. Pour percer dans mon métier c’est vraiment une question de rencontres, au bon moment et au bon endroit. Il faut aller vers les compagnies avec qui on a envie de travailler et se présenter. C’est ce que j’ai fait avec la compagnie de rue Oposito. Je suis allée voir Véronique Charbit, qui est à la direction technique, pour lui dire mon désir de travailler avec elle. Elle m’a testée sur plusieurs soirées à la Fondation Cartier (où elle est directrice technique également) avant de m’embaucher cette année pour une nouvelle création de la compagnie.

Comment en es-tu arrivée là? Quel est ton parcours?

J’ai fait une filière générale alors même que je voulais faire un bac technologique en électronique. J’aimais déjà tout ce qui était manuel. Avec un bac ES, je n’ai pas pu rentrer en BTS audiovisuel. Un peu perdue, je suis allée à la mission locale où j’ai passé une série de tests d’orientation. Le métier d’ambulancière s’en dégageait et j’ai fait des stages de découverte. Ca m’a beaucoup plu. C’est un peu comme technicienne, ça bouge tout le temps, tu es en extérieur, au contact des autres. J’ai donc passé mon diplôme d’état. J’ai bossé pendant trois ans comme ambulancière à Montpellier.
Jusqu’au jour où je suis tombée sur une annonce de la Formation TSV – Technicien du spectacle vivant – à Montpellier. Je suis allée à une réunion d’information et je me suis reconnue dans le profil décrit. Mais il me fallait un minimum d’expérience dans le spectacle vivant pour décrocher cette formation. J’ai donc appelé une pote à Paris pour trouver un stage. Je suis montée quatre jours à la capitale pour travailler avec un gars qui a une boîte de prestation. J’ai fait de la régie pour un char de la gay pride, un défilé de mode, une boîte de nuit… et ça m’a plu. J’ai déposé mon dossier à l’école puis j’ai passé un oral. La formation a duré dix mois et demi. Tu touches d’abord à tout : du plateau, du son, de la lumière. Je voulais tout d’abord me spécialiser dans le son, mais tout le monde veut faire ça, alors j’ai choisi la lumière, un peu par défaut. Heureusement, car au final le son n’est pas fait pour moi : il faut être un peu geek, le nez dans sa console alors que moi j’aime bouger. En lumière, il faut être polyvalent. Après, je suis montée à Paris. J’ai galéré pendant dix mois car je ne connaissais pas grand monde ; je dormais dans la chambre de la petite fille de ma cousine.

Puis j’ai fait quelques stages grâce à des amis qui m’ont filé des contacts. C’est comme ça que j’ai décroché mes premiers boulots : au Théâtre de la Piscine à Châtenay-Malabry, au Théâtre de l’Agora à Evry, à l’espace Michel Simon de Noisy-le-Grand et plus récemment au Carreau du Temple.
J’ai commencé en structures et je me tourne de plus en plus vers des compagnies avec l’envie d’accompagner une équipe qui tourne sur un même spectacle.

“Je préfère aller au plateau, voir de plus près. C’est un boulot super physique.”

Y a-t-il des créations lumières qui t’ont marquée et influencée?

Tu piques tout le temps des idées à droite à gauche dans les spectacles que tu vois. Je suis allée voir Political Mother : The Choreographer’s Cut de Hofesh Shechter, un jeune chorégraphe israélien. Il fait des effets lumières magiques. En plus, il n’utilise que du traditionnel avec plus de 200 projecteurs sur son plateau. Le traditionnel, c’est des projecteurs avec leurs filaments. Ce sont des projecteurs que tu accroches au grill en montant sur des échafaudages et qui se règlent manuellement. Les asservis, ce sont des projecteurs robotisés. Tu gères tout depuis une console. Je préfère aller au plateau, voir de plus près. C’est un boulot super physique. C’est aussi un milieu de mecs. Il faut en faire dix fois plus pour t’imposer quand tu es une fille, montrer que tu es à ta place. Dans le milieu du théâtre toutefois, les collègues sont plus cools. Au festival Lives au Pont du Gard, la première fois que les collègues hommes ont vu débarquer des nanas, ils ont eu peur, puis ils nous ont avoué avoir aimé travailler avec des femmes car on est plus posées, on réfléchit à deux fois avant de porter quelque chose de lourd par exemple, ça crée un équilibre dans l’équipe.

Un lieu où tu aimes aller?

Montpellier. C’est chez moi, ma ville de naissance. Cela fait 4 ans que je l’ai quittée pour travailler dans ce milieu à Paris. Dans la capitale, j’aime les quartiers populaires, où il y a du monde, où tu peux sortir, boire un verre, comme dans le 19ème au Café Chéri ou sur la péniche Antipode.

Quels sont ton actualité et tes projets à venir?

Cette année, j’ai beaucoup travaillé avec la Compagnie Oposito sur leur prochain spectacle, La symphonie des sapins. Plus récemment, je sors tout juste de la création lumière de La surprise de l’amour dont la première a eu lieu les 8 et 9 octobre en région Centre-Val de Loire.
Les projets arrivent au fur et à mesure, du jour au lendemain. Je rêve de partir sur des tournées à l’étranger. Et je vais le faire, c’est sûr.

J’ai aussi un projet secret de monter un spectacle. On me dit qu’il faut avoir un œil sur tout mais la mise en scène ce n’est pas mon métier. Il faut que je fasse un essai avec des comédiens, des danseurs et voir comment j’arriverais à les diriger, voir si je serais bien à ma place. J’ai envie de me lancer au moins une fois là-dedans.

Quel métier voulais-tu faire petite?

A 7 ans, je voulais être flic à moto. Puis hôtesse de l’air pour pouvoir faire voyager ma mère. Après le bac, j’ai voulu faire un BTS audiovisuel pour faire du cinéma. Mais derrière la caméra, car je suis trop timide pour être sur scène. Ça me va très bien d’être en coulisses. Peut–être que je reviendrai à ce premier amour en faisant de la régie pour le cinéma. La lumière, le décor, c’est beaucoup plus de bricolage qu’au théâtre où il y a plus de règles de sécurité avec le public présent.

Qu’est ce que tu écoutes en ce moment?

J’ai bossé au Lives au pont du Gard en juillet et j’ai découvert le groupe français Naive New Beaters. Ils font de la musique électronique, pop-rock assez énergique et dansante. Leur performance scénique a été déjantée. J’écoute aussi l’artiste Jain. Elle est toujours vêtue d’une petite robe noire et blanche qui dénote complètement avec son style reggae.

Peux-tu nous raconter une anecdote?

Sur le début d’un spectacle, j’ai mis de la fumée partout en étant persuadée que c’est ce que voulait le technicien lumière. J’étais trop fière de moi. Je suis sortie voir ce technicien avec ma machine à fumée sous le bras… Il m’a dit : « La fumée, c’est au milieu du spectacle ». La fumée, c’est très long à évacuer. J’ai ouvert toutes les portes de secours pour faire courant d’air mais rien n’y a fait, j’ai flingué tout son effet lumière…

Sur un autre spectacle, un câble a été débranché et le noir total n’a pas été fait à la fin du spectacle. Les comédiens sont restés statiques quelques secondes sans que rien ne se passe. Cela arrive tout le temps, c’est du direct. Il y a plein de couacs comme cela, que tu vois en coulisses mais que le public ne voit pas forcément.

Quel est ton dernier coup de cœur artistique?

Je ne vais pas beaucoup au théâtre parce que je n’ai pas le temps. Les propositions de boulot arrivent très vite à tout moment. Mais quand j’ai le temps, je vais voir des comédies musicales, j’avoue j’adore ça. J’aime aussi aller dans les petits théâtres parisiens voir du théâtre de boulevard comme au Théâtre des Variétés.
J’aime beaucoup la danse. Comme la pièce de Nasser Martin-Gousset Pacifique qui mélange chorégraphie et cinéma. Sa bande son a également un grand rôle.
Je découvre. J’aime tout à partir du moment où cela me touche.

Quelle personnalité nous recommandes-tu de rencontrer pour 10point15?

Je pense à Blandine Ayala, une amie qui a fait la même formation que moi à Montpellier et qui est devenue technicienne son. Parallèlement, elle est bassiste. Elle a fondé un groupe qui s’appelle les Ladies Ballbreaker, composé que de filles. Elles font un show ACDC 100% féminin. Ça tourne pas mal maintenant et du coup elle s’y consacre entièrement.