C’est tout au fond de sa caverne d’Ali Baba, après avoir navigué entre les bacs de disques et les affiches de concert, que nous rencontrons Martial Jesus, amoureux fou de musique, de cinéma et … de son métier. Disquaire, DJ, organisateur de soirées, il nous emporte dans un voyage en apnée au coeur de son univers.

Peux-tu nous parler de toi, de ton activité et de tout ce qui constitue ton univers ?

Je vais commencer par parler du magasin, “Total Heaven”. C’est un magasin de disques qui existe depuis 1996, il aura donc 20 ans l’année prochaine. Moi je suis Martial, je travaille ici avec Xavier, on est co-gérants depuis 2002. C’est un magasin de disques indépendant, ça veut dire qu’on n’est pas affiliés à des grandes chaînes ; c’est un peu la différence entre le petit boucher du coin, qui va travailler sa viande, et la viande sous vide que tu trouves en grande surface. On commande toutes les nouveautés, tous les disques qui sortent, que ce soit sur les petits labels indépendants ou chez les grosses majors comme Universal. On peut avoir Stromae et Detroit, mais aussi d’illustres inconnus ou des choses un peu plus pointues qu’on adore, qu’on va trouver via des petits distributeurs indépendants. De temps en temps on a même des choses qui ne sont pas distribuées, alors on va directement commander au groupe. C’est arrivé l’année dernière avec un groupe qui s’appelle Taulard, un groupe de Grenoble qui a édité tout seul un disque hyper bien écrit, avec un côté adolescent. Les gens nous l’ont demandé parce qu’ils avaient joué à Bordeaux. On a contacté directement le groupe, ils nous ont envoyé 15 disques et on a tout vendu. Ou alors en ce moment il y a une fille qui s’appelle Laure Briard, qui a sorti son disque à 120 exemplaires, chez un label de Toulouse, 2000 records. On a directement commandé le disque et on le pousse à fond! Moi je fais aussi des chroniques dans une revue de Skate qui s’appelle Sugar, c’est assez rigolo parce que je n’y connais absolument rien en skate. Mais le boss de la revue est implanté à Bordeaux, et comme il avait bien aimé mes petites chroniques dans « Clubs et concerts », il m’a donné carte blanche pour faire une page musicale tous les mois. J’y ai chroniqué Laure Briard.

“Si je n’avais pas eu la musique et le cinoche, je pense que ma vie aurait été assez triste !”

Au shop, il y a vraiment une relation de proximité avec nos clients. Il y a toujours de nouveaux arrivants, de nouveaux jeunes, de nouveaux étudiants, il y a des gens qui ne connaissaient pas le magasin avant, qui l’ont découvert par hasard, par le net ou ailleurs. Il y a deux styles de gens : des gens qui sont comme nous assez affables et enclins à la conversation, et puis il y en a d’autres qui sont plus timides, qui aiment pas trop discuter donc ils achètent juste des disques et puis ils repartent. Là pendant les vacances, on reste ouverts, et on a pas mal de touristes qui viennent. Ce sont souvent des gens qui s’intéressent à la musique et qui ont une espèce de carte d’Europe qui leur indique, dans toutes les villes, les adresses de tous les disquaires. Avec “Total Heaven”, on est sur le Guide du routard et sur le Lonely Planet.


Le shop, c’est l’essentiel de notre activité, avec Xavier on y passe quasiment tout notre temps. On est passionnés par la musique tous les deux, on est des gros acheteurs de disques depuis qu’on est petits. On est aussi musiciens, on fait de la batterie tous les deux, on a des groupes, on est DJ, on a bossé dans des labels, dans des radios, et tout ça, ça se mélange ! On fait des DJ sets comme à Vie Sauvage, on passe des disques au Wunderbar souvent. Xavier a mixé au festival de St Médard en Jalles, on mélange notre métier et notre passion. Et je suis persuadé que c’est grâce à tout ça si le magasin marche depuis autant de temps, si on a réussi à traverser une époque où c’était très dur de vendre des disques, et où tous les autres shops ont fermé : on est implantés dans la ville, les groupes nous amènent leur démo, ils nous reconnaissent aux concerts, il y a une vraie relation de proximité. Ils viennent faire leur showcase ici, on prend des artistes locaux en expo. C’est ce qui fait que le magasin existe et que les gens nous connaissent.

Comment en es-tu arrivé là ? Quel est ton parcours ?

L’arrivée de la musique dans ma vie, c’est un gros hasard… Je n’ai pas de grand frère, mes parents n’écoutaient pas de musique, ils étaient assez sportifs à faire des trucs en plein air, chose qui ne m’a jamais plu. Moi j’étais plutôt à rester chez moi à lire des bouquins, à regarder plein de films. Mon père avait acheté un lecteur VHS à l’époque, j’enregistrais tous les films qui passaient, sans distinction de bon goût, de mauvais goût, de chef d’oeuvre, de films commerciaux, je regardais tout! Et il y avait la musique. Quand j’étais petit j’allais faire les courses avec ma mère au “Mammouth”, et puis il y avait ces 45 tours… Je savais que c’était ce qui passait à la radio, et qui me plaisait. Avec l’argent de poche que j’avais, plutôt que de m’acheter des bonbons j’achetais déjà des 45 tours. Dès 10 ans j’avais déjà une petite collection de disques!

C’est ensuite par la musique que je suis arrivé à ce métier. Je viens du Lot-et-Garonne, à Agen. Je suis arrivé ici, à Bordeaux, en 1989, j’ai eu du bol parce que quand j’ai eu le bac il n’y avait pas de fac à Agen, donc j’ai été obligé de partir. J’étais inscrit en fac d’histoire mais j’ai pas trop bossé… Par contre j’ai découvert un endroit qui s’appelait le « Jimmy », où il y avait plein de concerts. Il y avait des tas de groupes différents, d’ailleurs, et il y avait une proximité avec ces groupes, on pouvait leur parler après leur concert. Ils nous expliquaient comment ça marchait, comment ils tournaient. Ils avaient leur label, leur fanzine, ils avaient leur liste de distribution, ils nous parlaient des magasins de disques qu’ils connaissaient, et ça a suscité des vocations ! Tout ce temps où j’étais à Bordeaux, j’ai joué dans des groupes, j’ai fait des labels, des fanzines, tout ça. Au moment où il a fallu entrer dans la vie active, j’ai eu du bol parce que la FNAC continuait à embaucher des gens qui étaient uniquement des passionnés. J’y suis rentré en 1996, et j’y suis resté 4 ans. Mais entre temps la FNAC a beaucoup changé, il fallait faire du chiffre d’affaires, et très vite j’ai souffert de ce mode de fonctionnement. Le gars qui a ouvert “Total Heaven” à Bordeaux m’a proposé de m’embaucher à mi-temps, pour développer surtout le hip hop et l’électro, alors j’ai démissionné de la FNAC et je suis venu ici. Et quand le patron a voulu revendre l’affaire, il a tout simplement revendu à Xavier et à moi, qui étions ses deux employés. Au début on avait un peu peur, c’était comme si on nous avait filé un avion sans le mode de fonctionnement qui va avec (rires) !

Je crois que ce qui m’a influencé c’est essentiellement une histoire de concerts et d’avoir vu les musiques live. Il y a vraiment cet endroit dont je parlais tout à l’heure, le “Jimmy”, avec Francis, qui tenait ça à l’époque (maintenant c’est le boss d’Allez les filles). Ce qui m’a beaucoup marqué ce sont tous ces petits lieux où j’allais voir des concerts : à l’époque ça s’appelait le “Théâtre Barbey”, mais maintenant je n’y vais plus du tout, je boycotte la Rock School ; j’allais au Krakatoa. Il y avait une proximité et ça, ça a vraiment été source d’inspiration. Et puis il y avait les disquaires qu’il y avait à Bordeaux, comme Golem Record, qui faisait que des CD pirates. Il y avait la FNAC à l’époque, avec Domi et Thierry qui sont toujours là, qui sont d’excellents vendeurs, ils sont vraiment très bons donc c’est un concurrent sévère, ils font plein de vinyles et ils m’ont influencé. Il y a eu aussi un Black & Noir à l’époque à Bordeaux, qui était tenu par Vincent Delmas.

Sinon il y a eu des shops à Paris : quand je commençais à y aller dans les années 1990, il y avait un Roughtrade, c’était comme le Roughtrade de Londres mais tenu par des Parisiens, et j’achetais beaucoup de disques là-bas. Et aujourd’hui il y a des magasins, malheureusement le Roughtrade de Paris n’existe plus, comme Born Bad, qui est plus dans le côté garage punk, et qui est aussi source d’inspiration. En Angleterre, il y a encore le Roughtrade original, il y a le disquaire Honest Jon’s, qui est aussi un label, qui fait beaucoup de musique africaine, de reggae, de dub, de musique électro ; il y a les mecs de Soul Jazz Records, ils rééditent beaucoup de reggae, de soul, et tous les Studio One. C’est aussi un magasin de disques. Il y a un super magasin à Los Angeles qui s’appelle Amoeba Music, qui est un peu le supermarché des disquaires indépendants, avec des mètres et des mètres de rayonnages. J’y suis allé une fois et en fait quand j’ai vu comme c’était grand je suis ressorti, je me suis assis sur le trottoir et j’ai failli pleurer! Je me suis dit qu’en 3h j’allais pas y arriver! Et puis finalement je me suis concentré sur les 45 tours neufs, et je suis reparti avec une pile comme ça! Un peu tous les disquaires sont sources d’inspiration quelque part, même le petit disquaire qui fait de l’occase. Moi je suis plus attiré par le neuf, mais chez les petits disquaires d’occase perdus au fin fond de la cambrousse ou le disquaire qui va vendre sur les marchés, il y a toujours des trucs à grapiller. Chaque fois que je visite une ville, je fais comme mes clients avec mon Guide du Routard et mon Lonely Planet. Je sais où sont les disquaires donc je vais toujours y passer un moment pour voir ce qu’il y a, s’il n’y a pas des trucs que j’ai pas, ou plus, ou qui sont plus dispos. Même si j’ai le shop ici et que j’ai accès à plein de choses pour moi, c’est toujours un plaisir.

Et puis, comme influence marquante, il y a eu Prince, quand j’avais 14 ans : en 1984, j’ai vu “When Doves cry” à la télé. Avant ça j’écoutais surtout Mickael Jackson, et d’un coup Mickael Jackson est mort, et il a laissé la place à Prince qui était beaucoup plus fort, et dont la musique était beaucoup mieux !

Tu achètes des « disques », pas de la musique ?

Ah oui ! J’achète des disques parce qu’il y a de la musique dessus, mais je ne télécharge pas, c’est pas dans ma culture et je crois que même si j’avais pas eu de magasin de disques j’aurais jamais téléchargé non-plus. Je regarde des trucs en streaming pour me tenir au courant. Mais c’est clair que ce soit Xavier ou moi on est hyper attachés à l’objet. Quand on va mixer, c’est toujours avec des vinyles. Il y a 5-6 ans ça faisait rigoler parce que plus personne ne mixait en vinyles… Maintenant c’est devenu le « retour du vinyle », un effet de mode. On est attachés à l’objet.

Ça change tout, le disque ! Les pochettes sont plus jolies, d’abord tu peux les regarder, tu peux les accrocher au mur, le son est mieux, objectivement il est mieux ! En fait le disque c’est un son beaucoup plus chaleureux que le MP3, ou que le CD qui sont des codes retranscrits par ordinateur, donc c’est une imitation du son. Le son va sembler parfait, clinquant, brillant, mais il y a beaucoup moins d’espace entre les graves et les aigus. Il y a toute une chaleur qu’on ne retrouve pas avec les MP3. D’autant plus que maintenant on écoute ça avec des MP3 mal encodés, directement sur Youtube, avec des téléphones portables qui sont pas faits pour ça, où y’a pas de bon micro. Alors on a une espèce de ligne toute petite, assez stridente, qui fait mal aux oreilles, mais c’est devenu la norme, les gens sont habitués, ils trouvent que ça sonne! Et quand on leur met un vinyle, la ligne se transforme en un truc grand comme ça, tu ressens vachement plus de vibrations, de sons! Donc objectivement, ce n’est pas juste pour vendre des disques, objectivement c’est mieux. Après les disques c’est toute une façon de les sortir de la pochette, de les poser sur la platine, de faire que ça, et de pas téléphoner en même temps, ou de faire la vaisselle. Quand tu écoutes un disque dont tu as vraiment envie, tu vas t’asseoir, tu vas regarder la pochette, lire les notes de pochette, qui a produit. Tu peux ensuite le partager, en parler à tes copains. Nous ce qu’on adore c’est prendre nos disques et puis aller dans des soirées, comme à Vie Sauvage, de passer des disques, de montrer des pochettes, de faire les zozos! C’est quand même autre chose que quelqu’un qui va mixer sur un ordinateur, tu sais pas s’il a déjà préparé sa playlist ou pas, généralement il a l’air blasé, peut-être qu’il regarde ses e-mails en même temps. Donc c’est vraiment différent!

Sur quels projets travailles-tu en ce moment ?

C’est toujours le magasin!
On fait aussi des expos régulièrement depuis 7-8 ans maintenant. Au début on faisait des expos que l’été, parce que le grand mur qui accueillait les posters annonçant les concerts à Bordeaux était vide. Et puis un jour, c’est LL Cool Jo, qui nous a fait la devanture, qui a proposé d’en faire toute l’année. Là en ce moment il y a une expo qui est faite par les gars de Vicious Soul, une asso de DJs qui organise un festival un peu garage punk chaque année, à Bordeaux en juin ; c’est un gars de Paris qui s’appelle Cyril Rousseau qui expose là. Cet été on aura Elisa Mistrot, qu’on a découvert quand elle était aux Beaux-arts de Bordeaux, elle servait des coups au Café Pompier. On a vu les peintures qu’elle faisait, on a trouvé ça magnifique. Elle a notamment réalisé la peinture sur la pochette du 3ème album de JC Satan. Moi je lui avais commandé une peinture de Ween qui est mon groupe préféré, elle m’avait fait un joli portrait. L’expo a démarré le 16 juillet, et va durer jusqu’à fin septembre. Après on aura une expo d’Hervé Bourhis, un dessinateur basé à Bordeaux, il va faire des originaux de portraits de gars en rapport avec la musique.

Je vais aussi aller passer des disques des Beach Boys et de Brian Wilson à la projection de “Love and Mercy”, le film sur sa vie, le 25 août au cinéma l’Utopia.

Les projets, c’est surtout tenir le coup! Que le shop continue à vivre le plus longtemps possible, continuer à faire des showcases, aller passer des disques au Wunderbar où on propose nos nouveautés, voilà!

Est-ce qu’il y a un métier que tu aurais rêvé faire ?

Je le fais! Quand j’étais petit j’imaginais pas pouvoir faire ça parce que j’avais pas de connaissances en gestion, mais c’était vraiment un rêve et c’est le rêve de plein de gens! Je leur dis que c’est aussi un vrai métier : souvent ils pensent que les disques arrivent tout seuls, ils se rendent pas compte qu’on bosse le 14 juillet à faire les commandes, les retours, mais pour moi c’est le plus beau métier! Je l’ai choisi mais il m’a choisi aussi, j’ai eu du bol mais j’ai su saisir ma chance aussi. Aujourd’hui je suis content, je suis mon propre patron, j’ai personne derrière moi, j’arrive à payer mon loyer avec ça et je fais quelque chose qui me plaît par-dessus tout! Si j’avais pas fait ça, si ça avait été impossible, si j’avais été trop timide pour être disquaire – parce que quand j’étais petit, j’étais timide, et donc parler aux gens, vendre des disques, ça semblait vraiment difficile, et même avant de rentrer à la FNAC à 26 ans! Si je n’avais pas fait, ça j’aurais bossé dans le cinéma, parce que j’adore le cinéma! Je ne sais pas quoi exactement… Mais disquaire, c’est très bien!

Un artiste coup de coeur à nous faire découvrir ?

Le groupe qu’il faut absolument écouter, le meilleur groupe de tous les temps, c’est clair, c’est reconnu, c’est Ween. C’est un groupe américain qui est né en 1987 et ils ont du se séparer il y a 4 ans, pour moi ça a été un déchirement! C’est deux gars qui se sont rencontrés à l’école et qui s’échangeaient des cassettes. Ils écoutaient tout sans aucune notion de bon ou de mauvais goût, comme moi avec mes films. Ils pouvaient écouter les Beatles, du punk hardcore, Prince justement, Motorhead, et ils mélangeaient tout ça avec la pire des variétés américaines. Quand ils ont eu 20 ans et qu’ils ont commencé à faire des disques, ils ont gardé la même attitude… Sur leurs disques tu vas passer d’un morceau très pop à la Pink Floyd, hyper beau, hyper planant, à un morceau hyper punk, rentre dedans, ou un truc funky à la Prince! Ils faisaient des concerts de 3h30, c’est un groupe assez particulier qui a un peu marché aux États-Unis et pas du tout en France, mais qui draine un public de fanatiques, comme moi, qui connaissent tout sur le bout des doigts, qui se reconnaissent, qui se font tatouer, ça sur mon bras, c’est leur logo. Il y a une espèce d’Internationale pop underground sur Ween. C’est le groupe que je conseille à tout le monde ; je suis très content parce que depuis le magasin, je les ai fait découvrir à plein de gens, qui maintenant me remercient, c’est tellement bien!

Un morceau que tu écoutes en ce moment ?

L’artiste d’aujourd’hui qu’il faut suivre, c’est un mec qui vient d’Uruguay, il s’appelle Juan Wauters, il habite à New York depuis 10 ans, il en a 24. Il a une espèce de fraîcheur, il fait une pop toute simple, très acoustique, il chante en anglais ou en espagnol, et c’est juste magique! Avant, il a joué, dans un groupe qui s’appelait les Beets, et là son deuxième album solo vient de sortir, il s’appelle “Who me”. Il était à Bordeaux en décembre dernier, il a fait un petit showcase au magasin, c’était magique. Après il a joué au Wunderbar et il va peut-être revenir en septembre sur l’Iboat, mais c’est pas sûr. Mais son disque, si vous connaissez Jonathan Richman, il a la même fraîcheur que ce gars-là dans les années 1970, le chanteur des Modern Lovers. C’est assez atypique, alors est-ce le fait qu’il vient d’Uruguay, mais il a l’air de regarder le monde d’un oeil vraiment hyper bienveillant. Tu as l’impression qu’il est trop content de tout ce qui lui arrive et qu’il est très sincère. C’est un mec gentil, très doué, qui joue vraiment avec son coeur, et moi il m’a fortement impressionné.

Une petite anecdote à nous raconter ?

Oh la la, il y en a tellement avec ce magasin!

Mais tiens : mon nom de DJ c’est Martial Jesus. Tout le monde me dit que c’est un super pseudo pour passer des disques mais en fait, c’est mon vrai nom ! J’ai choisi ce nom-là quand on m’a demandé pour la première fois de passer des disques quand j’avais 20 ans. J’avais pas de nom de DJ et en fait c’est mon premier et mon deuxième prénom ! Comme je suis originaire d’Espagne et que des « Jesus » là-bas il y en a plein… Voilà!

As-tu une passion particulière, je veux dire y en a-t-il une autre que la musique ?

Le cinéma vraiment, je vais voir beaucoup de films, je lis beaucoup de bouquins sur le cinéma, ça me plaît énormément. C’est comme la musique, j’ai vu des films qui m’ont marqué à un point fou. C’est Truffaut qui disait que “Le cinéma, c’est plus beau que la vie” ; en fait c’est pas plus beau que la vie, il faut pas vivre qu’à travers les films, mais en tout cas, ça t’aide à réfléchir, ça te met en perspective sur plein de trucs et ça t’aide à vivre, ça c’est sûr. C’est un truc que je pourrais avoir avec les bouquins, mais je prends moins le temps de lire, et ça je le regrette. Le cinéma c’est par habitude, je vais voir des films depuis que je suis tout petit, et la musique aussi. Ce sont vraiment les deux choses qui m’aident à vivre ; je sais pas comment font les gens qui n’écoutent pas de musique et qui ne vont pas au cinoche. Je ne sais pas ce que j’aurais fait moi si j’avais pas fait ça, je pense que ma vie aurait été complètement différente et assez triste!

“Ce qui est important dans ce métier, c’est d’être curieux, ouvert, et de ne pas être snob. Il y a de la bonne musique partout !”

J’achète beaucoup de DVD, mais je ne télécharge aucun film. Je suis allé voir “Comme un avion”, de Bruno Podalydès, que j’ai adoré. Je voulais vraiment aller voir MadMax mais j’ai pas pris le temps ; là j’ai envie d’aller voir Terminator… Je suis assez grand public mais j’aime pas tout aveuglément. Quand j’avais 20 ans, je ne jurais que par les films d’auteur. Mais j’en suis revenu parce qu’il y a des films d’action hyper bien. En musique c’est pareil ; quand je suis arrivé à Bordeaux, j’étais plus snob. Ecouter Prince, c’était pas bien vu, alors j’ai arrêté. C’est ensuite grâce à Ween que j’ai compris que la funk était pas incompatible avec l’électro! Il y a pas longtemps je suis allé voir Voulzy et Souchon à la Patinoire. J’avais des frissons, j’avais presque la larme à l’oeil tellement c’était bien! Et j’ai pris autant de plaisir à les voir qu’à voir Juan Wauters dans le magasin ici, les deux étaient aussi bien.

Et ici, au magasin, on est très fiers justement d’avoir de tout. De toute façon on est obligés d’être généralistes : si on était trop spécialistes ça marcherait pas, et quelque part tant mieux. Moi le magasin m’a ouvert plein de portes parce qu’avant j’écoutais de l’électro, du hip hop et de la pop, mais j’écoutais pas de punk hardcore, pas de reggae, pas de musique africaine. Maintenant grâce au magasin j’écoute tout ça et il y a plein de trucs que j’adore là-dedans! Dans nos DJ sets on peut aussi tout mélanger, et on est contents! C’est un mec comme John Peel qui avait une émission sur la BBC, il faisait pareil, il passait Cannibal Corpse et après il passait de la musique éthiopienne. C’est ce qui est important dans ce métier… C’est d’être curieux, ouvert, et de ne pas être snob. Il y a de la bonne musique partout, même dans la variété !

Quelle personnalité nous recommandes-tu de rencontrer pour 10point15 ?

Il faut rencontrer Rubin Steiner. Il est musicien, DJ, organisateur de soirée, patron de label. Il a aussi géré la SMAC (Scène de Musiques Actuelles) “Le Temps Machine” à Tours pendant plusieurs années. C’est un gros fan de musique, un passionné, talentueux, humble et gentil qui plus est…

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