C’est dans leur quartier général de la Fée verte, un joli café-restaurant du 11ème arrondissement de Paris, que nous avons rencontré Romain et Sylvain, deux membres des 5 joyeux lurons du groupe Sarah W Papsun et qui se sont faits les porte-paroles du groupe. On a discuté électro-pop-rock avec eux avant de nous rendre dans leur studio de répétition pour une séance photo au complet.

Pouvez vous nous parler de l’univers de Sarah W. Papsun en quelques mots ? Comment est née Sarah W. Papsun ?

Romain : Sarah W. Papsun, c’est la rencontre, il y a huit ans, entre un groupe de musique rémois et un groupe parisien qui décident de se débarrasser de la construction classique des morceaux de musique couplet/refrain/couplet/refrain, et de faire un seul morceau unique qui dure le temps d’un concert : 50 minutes, 1 heure, 1 heure et quart selon le temps qu’on a. Pour nous, c’est ça la naissance de Sarah W. Papsun. Ensuite, au fur et à mesure, on a quand même appris à faire de “vrais” morceaux (rires), à les couper en 3 minutes, mais une fois sur scène on s’amuse à tous les mélanger pour faire un concert sans temps mort.

Sylvain :
On avait envie d’oublier le format morceau, le format album, pour s’orienter vers une musique uniquement live qui nous faisait kiffer. A la base, on appelait ça des mouvements, sans construction, et cela nous plaisait de jouer le plus de temps possible et autant que l’aspect créatif nous le permettait. On avait donc à chaque fois un morceau unique. Ensuite, les spécificités du marché de la musique nous ont contraints à revenir vers cette construction plus classique, mais pour nous, tout part de ce postulat là.

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Romain : Dans Sarah W. Papsun, nous sommes 5 : Sylvain qui est guitariste/chanteur, Germain qui est guitariste/claviériste/choriste, Guillaume est à la batterie et seulement à la batterie mais ça utilise déjà tous ses membres, Tobby qui est claviériste/choriste et moi-même, à la basse et au choeur et un peu sur les machines électroniques.

Il y avait un groupe de parisiens qui jouait sur Paris qui s’était splitté et il ne restait que deux membres qui cherchaient à rejouer avec d’autres musiciens. Le groupe de Reims avait connu le même sort et petit à petit, chacun montait sur Paris pour venir travailler. Et un jour, on s’est rencontrés sur un site de rencontre… pour musiciens (rires).

Sylvain : Un site un peu chaud ouais ! (rires) Genre adopteunbassiste.com, un site un peu sexy !

On s’est rencontrés sur internet puis autour d’une bière pour parler de nos influences musicales, et on a tout de suite accroché. Au départ on a démarré – comme la plupart des formations musicales – à faire des reprises et très vite on s’est mis à composer.
On s’est vite rendus compte que les morceaux qui nous faisaient tous vibrer, nous étions incapables d’en composer des semblables, sous le format que l’on évoquait. Alors on s’est mis à chercher autrement.

Nous, notre postulat, c’était : on aime le live et on veut faire une musique live, qui n’est jamais la même et donc on est partis sur ce mode opératoire de création.

D’où vient votre pseudonyme Sarah w. Papsun ?

R : (rires) Je vous fais une exclusivité pour 10point15, à partir de cette interview, l’histoire du nom Sarah W. Papsun sera une histoire différente ! Il y a une histoire de base mais on ne peut pas la raconter enfin si mais… Bon, à la base on s’est payés un stage de teambuilding chez les scouts et la scout en chef était une nana qui s’appelait Sarah Papsun, et on est tous tombés amoureux de cette nana quand elle à réussi à allumer le feu de camp avec deux pierres. Elle était hyper inspirante et quand nous sommes rentrés, on cherchait un nomet on s’est dit : teambuilding, chef scout, Sarah Papsun, il y avait une évidence !



S :
Ouais, on a failli s’appeler Team Building et cela aurait été plus compliqué (rires).

D’où vient votre passion pour la musique ?

S : Difficile de répondre au nom de tous les membres du groupe, mais je pense qu’il y a quand même un bloc commun à toute personne jouant de la musique, en tout cas notre style de musique, à savoir : du rock, de la pop, de l’électro. Ce point commun, c’est d’avoir soi-même été public. Quand tu te rends dans une salle de concert devant un groupe que tu aimes, et que tu vois des mecs qui donnent absolument tout et qui réussissent, grâce à l’énergie dégagée sur scène, à emporter dans un mouvement commun toute la foule dans les 5 premières minutes, c’est impressionnant. On a tous été au moins une fois fascinés par ça, et ça donne envie d’être ces mecs qui arrivent à retourner une salle et faire que tout le monde festoie ensemble. Il se passe des choses très fortes en concert, et quand tu aimes la musique, il y a forcément un enfant en toi qui se dit “j’aimerais vraiment être à la place du mec sur scène”. Et je pense que cette fascination, on l’a tous en commun dans le groupe.

R : On a ce truc en accord avec l’ado de 15 ans qui kiffait des groupes comme Nirvana, Led Zeppelin, les Red Hot Chili pepers, les Pink Floyd, etc. Et maintenant, à chaque fois qu’on fait un live, il y a une partie du gamin de 15 ans qui revient et qui prend son pied avec cet instant.

S : Pour moi, il y a un second truc aussi, la musique a toujours été cette espèce d’art immédiat, une note peut me faire changer de mood en deux secondes et me rendre hystérique ou plus mélancolique si ça me rappelle des choses. Pour moi, il y avait une sorte de mystère qui entourait ces fluctuations autour de la musique. J’ai essayé de creuser ce mystère et d’aller voir comment on pouvait créer ces réactions chez les gens.

Quelle est la personne qui a le plus marqué votre parcours ?

S : Chacun pourrait répondre de manière individuelle à cette question, mais il y a un évènement majeur et constituant pour notre groupe. Cela s’est passé à Oxford lors d’un concert du groupe qui allait par la suite devenir “Foals” et qui à l’époque s’appelait The Edmund Fitzgerald.

A l’époque, The Edmund Fitgerald Rock faisait du vrai math rock, un genre de rock expérimental caractérisé par la complexité des rythmes et des enchaînement de riffs et mélodies, souvent dissonants. Ça a été une véritable découverte et une claque pour la moitié du groupe car seuls les rémois étaient à ce concert (rires).

On a réalisé en écoutant leur musique que jouer des accords sur une guitare c’était bien, mais qu’on pouvait aussi aller vers quelque chose de plus compliqué, de plus incompréhensible et en même temps meilleur selon nous.

R : Ouais, et ces mecs de 16 ans à Oxford avaient compris ça avant tout le monde; ils faisaient une musique qui venait te chercher aux tripes. Notre moitié rémoise est revenue avec cette expérience de concert, l’a partagée et ça a été une influence majeure pour nous. Je ne pense pas qu’on le ressente encore aujourd’hui, on a essayé de s’en dégager, mais c’était un point de départ très fort. Le fait que ce groupe puisse casser de nombreux codes nous a libéré et autorisé à dépasser cette idée de morceau unique. On a réalisé que nous aussi nous pouvions faire ce que nous voulions.

Même si on nous a reprochés dans notre premier morceau d’avoir fait un genre de plagiat de cette musique, on assume totalement aujourd’hui. Au début, tu t’inspires beaucoup des autres avant de pouvoir y intégrer ta personnalité et ton ressenti. Il aura simplement fallu un temps de digestion qui est désormais bien entamé pour nous.

Je dis bien entamé car on a commencé par une victoire sur un tremplin rock qui s’appelle le Fallen Fest, 800 groupes inscrits et départagés à main levée par le public, puis par des jurys en phase finale. On jouait alors dans des petites salles qui s’agrandissaient au fur et à mesure pour finir à La Cigale. Ce tremplin, on l’a remporté avec notre idée de morceau unique. On était les premiers surpris car on avait conscience que ce n’était pas vraiment vendeur : on ne discutait pas avec le public puisqu’il n’y avait pas de pauses, on ne se présentait pas, on ne parlait pas, comme on était hyper intimidés et on ne communiquait pas du tout. Nous étions six musiciens sur scène complètement dans notre bulle (rires).

Le fait de se retrouver dans des grandes salles comme la Cigale, le Trabendo, d’avoir une vraie reconnaissance et de se retrouver à gagner, je pense que cela nous a donné une meilleure confiance en nous et que cela nous a aussi donné “faim”. Quand tu fais une grosse scène, tu te dis “pourvu que ce ne soit pas la dernière fois” ! Notre truc, c’est vraiment le live. On adore composer des morceaux, faire des albums, travailler ce process passionnant, mais il y a une évidence de live pour nous. On y pense forcément et cela s’intègre dans notre méthode de création.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

R : Moi j’aime les artistes morts (rires). J’ai une espèce de fascination pour les vieux groupes rocks de légende du type Pink Floyd, Led Zeppelin, etc. Ces groupes ont traversé les époques, sont encore largement écoutés aujourd’hui, et j’ai découvert la culture musicale avec ces groupes qui n’étaient déjà pas de mon époque.

S :
Soyons clairs, on aime tous les groupes morts (rires). On a aussi beaucoup de respect pour Jacques Brel qui incarne LE musicien de scène pour nous. Il arrivait, se posait devant le public et se mettait tellement à nu sur scène à travers ses créations que certaines personnes ne supportaient pas d’écouter ses propos tellement il en donnait.

De mon côté, je reste également un fan de Math rock et de Pop rock, des groupes comme PVT ou Battles. Je prends un incroyable plaisir à aller les voir en concert, notamment quand tu regardes les prestations des batteurs et de l’ensemble des musiciens, ce sont des artistes qui se donnent tellement sur scène que tu pourrais presque enlever la musique tant l’impact physique de ce qu’ils font est hyper fort. Plus récemment, je suis allé voir “Explosions in the Sky” et je dresse le même constat. Rien que visuellement, tu sens qu’il se passe quelque chose de fort, c’est bluffant !

R :
J’écoute aussi pas mal d’électro, et l’album qui m’a vraiment intéressé est le dernier Brodinski qui croise son empreinte avec celle de rappeurs américains. J’ai vraiment apprécié ce croisement d’univers.

PVT, Battles, Brodinski, ce sont des défricheurs, des mecs qui recherchent, et cela nous inspire beaucoup. On aime les groupes qui se mettent en danger; nous, on ne sera jamais des défricheurs, mais ils nous fascinent. Ils ont cette capacité à renoncer à leurs acquis. Quand tu composes, il y a toujours un moment où tu te raccroches à des choses que tu connais, des mélodies plus faciles. Alors que ces mecs là attaquent des nouveaux morceaux en enlevant systématiquement de leurs esprits tous les a priori, les notions de ce qui est “joli” car tu y es habitué. Ils attaquent une page blanche. Souvent, ils sont du coup trop modernes pour ce que l’on est capable d’entendre ou de composer. Tu peux alors avoir besoin d’une deuxième, d’une troisième écoute pour apprécier le travail à sa juste valeur et pour nous cela devient des sources d’inspiration incroyables.

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Vous travaillez tous à côté de la musique. En quoi cela vous différencie-t-il ?

Pour nous, c’est une réelle liberté. À la base, c’est une contrainte quand tu vois que d’autres groupes intermittents tournent énormément et que toi tu n’as pas cette possibilité car tu es pris par ton emploi du temps. Mais cette contrainte peut devenir un avantage et un atout majeur car pour sortir un album, tu prends tout le temps nécessaire, sans pression. Les dates, tu les choisies car tu ne fais pas la course au cachet, et cela te laisse une grande liberté. On en a fait une force, même si on reste balancés entre les deux.

Il y a une réalité de l’industrie musicale, qui t’oblige à faire des compromis artistiques pour que cela soit rémunérateur. Nous, on n’a pas cette obligation, et c’est plutôt très agréable. Ne pas se poser la question de ce qui rapporte, simplement faire ce qui nous plaît. C’est fatiguant de jongler entre les deux, mais cela nous apporte beaucoup.

Dans la “vraie” vie, nous sommes steward, chercheur, éditeur, ingénieur informaticien, comédien et… un prof de maths (rires).

Un morceau que vous écoutez en boucle ?

On a pris l’habitude quand on part en tournée de se passer en boucle Viol de Gessafelstein. C’est notre chanson d’arrivée sur les festivals, elle nous stimule et nous maintient sous pression, la base !

Une anecdote à nous raconter ?

R : Lors d’un de nos concerts au Printemps de Bourges, on avait prévu de faire un show sans s’arrêter entre nos morceaux, mais c’est la première fois où on a été contraints de faire une pause. Ce jour là, notre batteur, Guillaume, a cassé sa peau de grosse caisse. On n’a pas pu faire autrement que s’arrêter pendant 1 minute ou 2, j’ai du parler, faire une impro basse guitare… un moment un peu compliqué pour nous !

S :
Toi, on te parle anecdote et tu penses directement humiliation (rires) !

R : Mais non, c’est hyper intéressant, c’est le moment où nous sommes arrivés aux limites de notre concept. C’est pour ça que le live c’est génial : tu montes sur scène et dans l’heure qui suit, tout peut arriver, mais tu ne peux pas stopper. C’est ce qui fait toute l’adrénaline pour nous, et je pense que le public ressent notre tension. Cette espèce de fragilité où quand nous sommes sur un fil, quand tout peut s’écrouler. Là, pour la première fois, le fil sur lequel on se balade a cassé, et on s’est aperçus que ce n’était pas si dramatique : le public te suit, il comprend et te soutient dans ces moments.

Typiquement, ça me fait penser à des exploits sportifs où on s’attend à ce que l’athlète soit toujours au top. C’est souvent quand le mec a une vraie défaillance que tu te rends compte que le public est vraiment présent, c’est là qu’il est vraiment derrière lui. C’est assez intéressant !

Une passion particulière ?

S : La musique !
R : (rires) Mais non c’est trop facile. Je dirais le cinéma !
S : Et l’alcool !
R : (rires) Ah oui le cinéma et l’alcool, parce qu’après la musique, le cinéma est un autre art immédiat pour moi. Tu rentres dans une salle, tu en sors deux heures plus tard et le film peut continuer à te suivre pendant une semaine, tu peux ne pas cesser d’y penser. Un film peut te laisser dans une réflexion, il est capable, comme la musique, de t’emmener tellement loin.

Quelle personnalité nous recommandez-vous de rencontrer pour 10point15 ?

S : Hum, je vous recommanderais de rencontrer Erwan Desplanques qui a quitté Sarah W. Papsun pour une carrière d’écrivain. Il a écrit un bouquin qui s’appelle S’y j’y suis et un recueil de nouvelles plus récemment qui est super bien. Au-delà du fait qu’il soit un pote, c’est un mec super intéressant et un grand écrivain avec plein de choses à dire.

R : Sinon j’avais Jean d’Ormesson (rires), c’est un mec incroyable, au-delà des conventions. Un artiste total pour moi.

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