Olivier Marguerit a passé dix ans à accompagner des groupes comme Syd Matters, Chicros, Thousand ou Mina Tindle, derrière, un peu caché. Maintenant il est seul maître de son projet et on voudrait qu’il nous accompagne comme ça pendant longtemps, alors profitons-en.

Peux-tu te présenter en quelques mots et nous dire comment est né ton projet “O”?

Je suis musicien et je travaille globalement de 2 façons. Je suis ce que l’on peut qualifier de “sideman”, c’est-à-dire celui qui accompagne. J’accompagne des chanteurs ou des chanteuses en tant que guitariste, bassiste, pianiste et parfois tout en même temps. L’autre versant de mon activité est d’être créateur. Je ne sais pas trop comment on dit, chanteur, compositeur, artiste… Mon côté auteur-compositeur s’exprime principalement dans le projet O mais également quand je fais des musiques de films. J’en fais de plus en plus.

Quand j’ai commencé à faire de la musique, je me voyais très bien être chanteur, être père de ce que j’allais faire mais assez rapidement j’ai incorporé des groupes comme Syd Matters ou les Chicros. Le fait de travailler avec ces gens-là et d’avoir un emploi du temps plein, je me sentais suffisamment empli de choses pour ne pas avoir besoin de faire des morceaux pour moi. Je ne me posais pas la question et j’étais même plutôt impressionné par les compositeurs avec qui je travaillais. Je ne me sentais pas du tout prêt à une aventure en solo.

Le moment où l’envie est réellement arrivée, c’est quand je suis devenu père. J’ai pris conscience que j’étais très/trop dépendant des autres et qu’il fallait que je sois beaucoup plus maître de mon destin. Je me suis donc dit qu’il fallait que je compose et que j’assume un projet personnel. À ce moment là, j’avais plein de bouts de morceaux, j’étais moins sollicité par les autres groupes et l’arrivée de cet enfant a été le bon moment. Je crois finalement que c’est assez fréquent, la naissance d’un enfant bouscule des choses. J’avais quitté la vingtaine insouciante, la trentaine est une bonne période pour s’affirmer.
En tout cas c’est vraiment depuis 3 ans que je fais de la musique en tant que compositeur.

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Quand j’ai envisagé O, j’ai voulu partir de la structure. Je compose facilement des mélodies mais j’ai un naturel paresseux pour le travail de structuration, d’approfondissement. Pendant un moment je me suis donc attelé à beaucoup travailler sur la structure des morceaux et notamment composer des morceaux circulaires. Partir d’un point A, aller à un point B et ne jamais se répéter pour finalement retourner au point de départ. Je voulais éviter le format pop classique (couplet, refrain). J’avais envie de formes plus libres. J’ai fait des morceaux très courts, très longs, des morceaux à tiroirs.

Globalement, je n’aime pas la mollesse et le centre, ce qui n’a pas de caractère. J’ai envie de me situer dans les extrêmes. Faire quelque chose d’extrêmement doux, qui est quasiment inaudible puis passer à quelque chose d’extrêmement fort, qui t’agresse presque.
J’aime bien travailler sur les contraires et les opposés. J’aime les choses assez tranchées.
Je me souviens qu’enfant, mon père m’avait expliqué que les choses ne peuvent exister que parce qu’elles possèdent une entité opposée.

D’où vient ton pseudonyme?

Cela provient tout bêtement de l’initiale de mon prénom qui était devenue ma signature par mail. Je ne sais pas pourquoi à un moment j’en ai eu marre d’écrire Olivier donc je me suis mis à écrire O. J’ai appris à aimer cette lettre, son côté un parfait et les différentes significations qu’elle peut avoir. Le fait que sa sonorité peut amener d’autres mots comme l’eau, le haut etc.

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Un O c’est un cadre. C’est une lettre qui est fermée et dans laquelle je peux me cacher pour faire mes expérimentations. Je n’avais pas envie de m’appeler Olivier Marguerit parce que je trouvais ça trop « chanteur français », j’aime l’idée d’un emblème. C’est aussi une façon qui permet que le projet ait une identité autre que la mienne et si dans deux ans j’en ai marre, je pourrai faire autre chose. C’est important de pouvoir passer d’une chose à l’autre, c’est ce que j’ai toujours fait, et je veux pouvoir être encore libre de le faire.

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Finalement, je définis des cadres parce sans limite je me sens presque perdu. L’infini des possibilités c’est plus une prison qu’une liberté pour moi et c’est dans les contraintes que j’arrive à me libérer. Le résultat n’est jamais très dogmatique mais j’ai besoin de passer par une étape conceptuelle. Au cours de la maturation, j’oublie le concept et j’arrive quelque part.

Quelle est la personne qui t’a le plus influencée ou marquée?

J’imagine que la personne qui m’a vraiment éduqué l’oreille, ça doit être mon père… Il jouait un peu de guitare et m’a inscrit au conservatoire en guitare quand j’étais petit. C’est lui qui m’a mis sur les rails de la musique. On écoutait beaucoup de musique à la maison et surtout, on écoutait la musique fort, en y prêtant attention.

Les gens qui m’ont marqué sont globalement les gens avec qui j’ai travaillé. Philippe et Mathieu des Chicros ou Jonathan Morali de Syd Matters m’ont énormément appris. Ils ont des approches et des obsessions différentes. Travailler avec ces 3 compositeurs a été très formateur.

Finalement mon père m’a mis à la musique et les autres m’ont appris ce que c’était de composer.

Quelles sont tes inspirations?

Elles sont majoritairement musicales. Les disques que j’écoute ou que j’ai écoutés. J’en écoute et en découvre beaucoup moins malheureusement… C’est donc la musique que j’ai écoutée entre mes 20 et 30 ans surtout : la musique des années 60 (les groupes classiques de la pop music comme les Beatles, les Zombies…) et les « zinzins » de la pop comme Todd Rundgren ou Robert Wyatt par exemple. Ces gens qui ont développé une écriture, un son et un univers très particulier. Moi j’aime bien me situer entre tout ça, le classicisme et les univers très déjantés. Du côté des textes, je parle beaucoup de mon intimité que j’essaye de ne pas présenter de façon trop crue mais plutôt de manière cachée.

Parfois une idée naît d’un livre ou d’un film sans que j’en ai conscience plus que ça. Sur mon prochain disque il y a par exemple une chanson assez fortement inspirée du film « Le grand bleu » de Luc Besson que j’avais vu enfant au Grand Rex. Je sais que j’ai besoin de me mettre dans un certain état pour pouvoir écrire et que souvent cet état-là est facilité par le fait de voir des films, d’aller à des expos ou de lire des livres. C’est cet état de spectateur, de lâcher prise qui me libère pour m’exprimer.

Sur quels projets travailles-tu en ce moment?

Je travaille beaucoup sur la sortie du disque à venir. Il est quasiment terminé, il faut faire tous les à-côtés : la pochette, la promotion, les photos mais aussi des concerts donc des répètes, une résidence…
Je viens de finir l’enregistrement de la musique d’un long métrage de Arthur Harari qui s’appelle « Diamant Noir ».
Et sinon en terme de création, je dois faire la musique du film Jeunesse de Shanti Masud d’ici la fin de l’année.
Mais j’ai toujours plein de projets en cours en tant que sideman avec Thousand et Halo Maud par exemple. Je suis globalement très occupé.

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Un métier que tu aurais aimé faire?

La musique s’est imposée à moi extrêmement tôt et très naturellement. Je suis passé d’auditeur, à étudiant, à musicien sans trop m’en rendre compte et je suis pleinement satisfait de ce choix qui n’en a jamais été un finalement.

“Il m’est arrivé une fois de faire un concert devant une personne”

Cependant, après mon bac j’ai fait 3 années d’études de sociologie à la fac de Nanterre. Durant ces trois années, j’ai vraiment hésité entre la musique et la sociologie. A la fin de cette troisième année, j’ai dû faire un choix car je n’avais pas le temps de tout faire mais peut-être que si j’arrêtais la musique, je m’y remettrais.

Un coup de cœur artistique?

Il y a un ensemble de chanteurs français qui devraient être des stars selon moi. Ils sont les Balavoine, les Yves Simon ou les Voulzy des années 2010 et bizarrement ils évoluent dans des sphères très confidentielles et indie. Je ne comprends pas pourquoi. Je crois que la variété des années 90/2000 a fait beaucoup de mal au “songwriting” français. Il est temps que ça change.

Je pense à trois chanteurs qu’on devrait entendre à longueur de journée à la radio : Wilfried avec qui je travaille parfois et qui écrit des chansons splendides. Il devrait être numéro 1 des charts! Ricky Hollywood, dont je me sens assez proche dans certains choix esthétiques ou encore Damien qui a sorti deux albums chez Records Makers, passés quasi inaperçus.

Un morceau que tu écoutes en ce moment?

Il y a un morceau qui m’a obsédé dernièrement, c’est “I want to be well” de Sufjan Stevens. J’ai eu la chance de faire ses premières parties dernièrement avec Mina Tindle et chaque jour, il répétait le morceau avec son groupe pendant les balances sans le jouer le soir car ils ne se sentaient pas prêts apparemment. J’ai vu qu’ils l’avaient joué le lendemain de notre dernière date commune…

En tout cas, je n’écoutais que ça pendant 10 jours. Quand je rentrais à l’hôtel après le concert, le matin au réveil, je l’avais toute la journée en tête, c’était une sorte de mantra. Quand je suis revenu de tournée j’ai continué pendant une semaine mais c’est passé. Ca va mieux maintenant.

Une anecdote à nous raconter?

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Il m’est arrivé une fois de faire un concert devant une personne.
J’accompagnais avec 2 autres musiciens une chanteuse et nous avions fait une série un peu étrange de concerts/promo dans des cinémas. C’était un jour de coupe du monde de football et la France jouait. Un seul spectateur est venu. Le concert a été maintenu. Quand tu joues sur scène ton regard est normalement un peu perdu, tu regardes les spectateurs sans t’attarder, tu passes de visages en visages mais là le mec était seul. 4 paires d’yeux braqués sur lui. A la fin on a discuté avec lui. Je crois qu’il était content. Finalement expérience étrange pour nous comme pour lui.
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Quelle personnalité nous recommandes-tu de rencontrer pour 10point15?

Philippe Rahm, un architecte qui travaille sur les nouveaux modes d’habitats et notamment sur la façon dont circulent les températures dans un grand ensemble. Je l’ai rencontré parce qu’avec les Syd Matters, nous l’avons accompagné pour la présentation d’une de ces œuvres à la biennale d’architecture de Venise il y a 6 ou 7 ans.

Je l’avais un peu perdu de vue et récemment il a publié un livre qui s’appelle Météorologie des sentiments que j’ai lu. Dans ce livre, il raconte des souvenirs d’enfance en essayant de se remémorer de façon extrêmement précise son environnement ‘météorologique’ du moment. La façon dont la température, l’humidité, les structures urbaines interagissaient avec son être.

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